GREEN LUNG : Necropolitan

Necropolitan - GREEN LUNG
GREEN LUNG
Necropolitan
Heavy/doom metal/stoner rock
Nuclear Blast

Avec Necropolitan, disponible le 11 septembre 2026 chez Nuclear Blast Records, Green Lung signe une quatrième galette studio magistrale et ténébreuse, délaissant le folklore de l’Albion rurale pour explorer l’histoire hantée et l’occultisme urbain de leur ville natale, Londres. C’est parti pour une balade dans le monde du Nécropolitain… Enregistré en conditions live aux mythiques Rockfield Studios sous la houlette du producteur Tom Dalgety (Opeth, Ghost…), ce disque réussit l’exploit d’allier la lourdeur d’un doom/stoner rock sans concession à des envolées théâtrales d’une efficacité redoutable, un vrai voyage historique au pays des ombres d’une noirceur absolue, un monde fascinant qui nous entraine dans des abymes insondables.

“Open The Hellmouth“ débute avec une intro instrumentale sombre et cinématique qui pose une atmosphère oppressante, ouvrant grand les portes des enfers londoniens et vous met dans l’ambiance immédiatement. Puis “Dance To The Grave“ constitue d’emblée un hymne stoner rythmé porté par la section rythmique implacable de Matt Wiseman (batterie) et Joseph Ghast (basse). Les accroches mélodiques y sont immédiates et vous emportent dans une nébuleuse très glauque, abordant le thème des sept grands cimetières privés créés autour de Londres entre 1832 et 1841 pour pallier le manque de place à l’époque… “Black Magick Radio“ est ensuite une véritable déclaration d’amour à l’occult rock, à l’instar d’un Castle Rat (autre formation britannique qui explose actuellement). Ce troisième morceau brille par son refrain accrocheur, une puissance mélodique et ses chœurs incantatoires (« Eko Eko Azarak… »). C’est un futur classique en puissance, à n’en pas douter, déjà testé et approuvé cet été en festival. Green Lung utilise ici la métaphore moderne de la radio, les paroles font référence à la résurgence de la sorcellerie à Londres au milieu du XXe siècle. Les textes mentionnent des lieux et cultes réels de l’underground de la capitale britannique, notamment Le Macabre (un café thématique de Soho des années 60 où les clients buvaient leur café sur des cercueils) ainsi que la Process Church of the Final Judgment, une célèbre secte ésotérique fondée à Mayfair dans les années 1960… C’est à Londres et dans ses banlieues que Gerald Gardner a codifié et popularisé la Wicca (la sorcellerie moderne) après l’abrogation des dernières lois britanniques sur la sorcellerie (Witchcraft Act) en 1951. Ce troisième single clippé lui aussi célèbre la culture de la sorcellerie et l’histoire même de la musique occulte. Car Green Lung s’avère être de très bon historien, on est là dans un travail de recherche et d’étude de l’occultisme !

Moins lourd que le single phare ‘“Evil in this House“ et moins rapide que “Necropolitan Line“, ce titre mise tout sur le groove, l’ambiance psychédélique et l’immédiateté. Le style lorgne vers le proto-goth et le hard rock vintage à la Lucifer’s Friend ou Black Widow. Le titre est construit autour d’un riff de basse hypnotique et d’un refrain entêtant qui culmine sur l’incantation wiccane mouvement religieux néo-païen et moderne fondé au milieu du XXe siècle au Royaume-Uni) universelle chantée en chœur : « Eko Eko Azarak, Eko Eko Zomelak… ».

“Necropolitan Line“ s’inspire, quant à lui, de la véritable ligne ferroviaire victorienne qui transportait les cercueils hors de Londres (la Necropolis Railway), une ligne de chemin de fer unique en son genre qui a fonctionné de 1854 à 1941. Ce titre est joué à un rythme d’enfer certainement le plus rapide de l’opus et propose un duel d’anthologie, totalement néoclassique, entre l’orgue et la guitare, évoquant l’esprit de Ritchie Blackmore et du Deep Purple du début des années 70. Pas de doute, on est en plein revival seventies revival !

“Evil In This House“ est le premier single de la galette paru en mai 2026. Il s’ouvre sur un riff pachydermique à la Black Sabbath qui règne en maitre tout au long de ces neuf titres, lourd et tranchant. La section rythmique est volontairement dépouillée pour offrir un impact maximal. Le grand coup de génie réside dans l’intégration d’un solo de synthétiseur spectral et strident au milieu du morceau, rompant avec le classicisme des soli de guitare pour installer un malaise typique des bandes-son d’horreur des années 1970. Le refrain est un hymne taillé pour être repris en chœur lors des concerts, très fédérateur dans l’absolu. S’en suit “Together In Death“, une ballade aux accents baroques et théâtraux qui lorgne ouvertement du côté d’Alice Cooper, apportant une respiration mélancolique bienvenue. “Ozymandias“ est une chanson inspirée du célèbre poème de Percy Bysshe Shelley et surprend par des arrangements de percussions teintés d’Afrobeat des 70’s, sans jamais sacrifier le tranchant du riff principal, ! Tom Templar semble comme habité vocalement !

“Alostrael (Be My Babalon)“ se présente sous la forme d’une composition narrative ambitieuse enrichie d’une section jazzy inattendue et sublimée par la narration habitée de Riley Pinkerton (chanteuse du groupe Castle Rat, tiens donc…). C’est un hommage direct aux figures les plus sombres du spiritisme de la fin du XIXe siècle à Londres. En effet, à la fin de l’époque victorienne, Londres devient la capitale mondiale de l’occulte avec la fondation en 1887 de la Hermetic Order of the Golden Dawn (l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée). Cette société secrète comptait parmi ses membres des écrivains célèbres comme Bram Stoker, W.B. Yeats ou le tristement célèbre Aleister Crowley (“Mr Crowley“ chantait Ozzy Osbourne)… « Alostrael » (une variation d’Alastor, le démon vengeur ou le nom choisi par Crowley) et « Babalon » proviennent directement de la philosophie thélémite développée par Crowley justement. Il explore cette fascination bourgeoise victorienne pour le satanisme théâtral et les rituels sexuels magiques pratiqués dans les salons cossus du West End londonien.

Enfin, “To The Gallows Born“ aboutit au grand final. Il s’agit de la pépite qui clôt cette balade d’outre-tombe nappée dans les nappes d’’orgue Hammond auquel se greffe les solos de guitares qui sonnent comme jamais. Inspiré par les sinistres gibets de Tyburn (un village de l’actuel comté de Middlesex, aujourd’hui situé près de l’emplacement de Marble Arch à Londres). Cette œuvre épique de heavy metal à l’ancienne s’achève sur une conclusion grandiose et progressive là encore très réussie. Quelle chanson ! La voix Tom Templar est impressionnante tout au long de la galette et se marie parfaitement avec l’ensemble !

Côté production sonore en studio : alors que This Heathen Land, brillait par d’épaisses couches de claviers arrangées en studio, des chœurs ultra-travaillés et une production très propre façon Ghost. Pour Necropolitan, Dalgety a opéré différemment ici, avec un dépouillement volontaire. Les arrangements denses ont été réduits pour laisser place à la force brute et organique d’un enregistrement en conditions live. Au niveau de la section rythmique, elle est tout simplement pachydermique. Connu pour son travail iconique avec Royal Blood et Clutch, Dalgety excelle à faire sonner la basse et la batterie de manière titanesque. Sur le titre phare de l’album, “Evil in This House“, la basse de Joseph Ghast est lourde, granuleuse, presque boueuse, rappelant le grain des amplis des années 70. La batterie de Matt Wiseman claque de manière très organique, dénuée de tout artifice moderne ou de velléités numériques. Le mix de Dalgety fait gronder l’orgue Hammond de John Wright directement dans les fréquences de la guitare de Scott Black. Par ewemple, Sur “Necropolitan Line“, ce choix donne l’illusion d’un mur de son unique, à la fois tranchant (heavy metal classique) et rétro (proto-doom/hard rock). Une vraie réussite !

Ainsi, avec Necropolitan, Green Lung ne se contente pas de recycler ses influences. Le gang anglais les transcende pour asseoir définitivement son identité. Il réussit le pari de concilier la force brute du doom traditionnel avec l’accessibilité d’un hard rock théâtral bien troussé. À l’heure où les parrains du genre tirent leur révérence, le quintet londonien prouve qu’il a les épaules assez larges pour reprendre le flambeau du heavy metal britannique des papys Tony et Ozzy, en étant capable de nous embraquer dans les seventies comme jamais. Ici, le temps semble s’être arrêté. Un chef-d’œuvre de rock occulte, non sans une grande part de nostalgie, mais avec toujours une grande dynamique et certaine folie qui n’est pas sans nous déplaire. C’est à la fois funèbre glauque et jubilatoire. Bienvenue dans le monde des ténèbres de Green Lung ! [Pascal « Green stoner » Beaumont]

Publicité

Publicité