BLACK MIRRORS : Alerte ! Planète terre à la dérive

Il y a parfois de très belles surprises qui vous mettent du baume au cœur en cette période morose. Black Mirrors, le groupe de rock belge à tendance grunge en fait assurément partie. Avec deux Ep (Black Mirrors et Funky Queen) et un album Look Into The Black Mirror paru en 2018, les voilà donc de retour quatre ans après, avec Tomorrow Will Be Without Us, une véritable petite merveille concoctée de main de maitre par Alain Johannes, connu pour ses collaborations avec Eagles Of Death Metal, QOTSA, Arctic Monkeys et No Doubt. Leur nouvelle galette nous a mis tout simplement une belle claque entre les cages à miel grâce au talent conjugué de Marcella Di Troia, dotée d’une voix exceptionnelle, et du guitariste Pierre Lateur compositeur émérite et talentueux. A découvrir impérativement ! [Entretien avec Marcella Di Troia (chant) et Pierre Lateur (guitare solo) par Pascal Beaumont/Laurent Machabanski – Photos : DR]

black mirrors logo

Vous venez de donner deux concerts, l’un à Hambourg le 3 novembre et l’autre à Berlin le 4 novembre 2022. J’imagine que ce grand retour sur scène a été jubilatoire ?
Marcella Di Troia :
Oui, effectivement ça s’est relativement bien passé. C’est la seconde fois que l’on jouait en Allemagne en tête d’affiche. Pour le coup on avait un petit peu plus d’audience malgré le fait que le marché soit un peu moins facile pour l’instant dans ce pays alors que c’était un super bon marché pour le rock. Les ventes de tickets se font plus rares. Les gens doivent choisir quel concert aller voir et là ils avaient choisi Black Mirrors. Ça nous a fait hyper chaud au cœur de jouer pour notre audience et de voir le public chanter à nos côtés nos morceaux, pas encore les nouveaux titres car ils ne les connaissaient pas très bien étant donné que l’album sortait le 4 novembre 2022.

En mars dernier, vous avez eu l’opportunité d’ouvrir pour The Picturebooks cette fois sur une longue tournée !

Pierre Lateur : Oui, c’est une tournée qui devait avoir lieu deux ans auparavant mais le covid a débarqué et cela à changer nos plans. Cette tournée a été reporté trois fois jusqu’au moment où on n’y pensait même plus, on se disait qu’elle n’aurait jamais lieu. Trois semaines avant le début, on a reçu un mail du manager du groupe The Picturebooks avec qui on allait partir sur les routes nous disant que tout se débloquait et il nous a demandé si on était partant. Nous, on avait tellement peu joué pendant presque deux ans comme tout le monde qu’on a dit oui, on y va même si c’était un peu à la dernière minute. C’était parti et on a fait cette tournée.

Cette tournée a débuté le 19 mars 2022 à Anvers et s’est terminée le 17 avril 2022 à la Maroquinerie à Paris !
Pierre Lateur :
Oui c’est la cinquième fois que l’on joue à Paris. La première fois c’était à la Mécanique Ambulatoire, ensuite on a joué deux fois à la machine à côté du moulin rouge, on a aussi joué au Petit bain, c’est notre cinquième concert à Paris et franchement la Maroquinerie c’était une chouette expérience déjà parce que c’est une salle qui jouit quand même d’une réputation qui pour nous Belge est internationale. On la connait malgré le fait qu’elle ne soit pas chez nous. Il y a de très bons artistes qui sont passé dans cette salle. Et puis le public était chaud, c’était une belle date, on a terminé la tournée là-bas. Quelle super belle manière de conclure la tournée !

Vous êtes devenu de vrais Parisiens ! (rires) Vous avez pris un abonnement ?
Marcella Di Troia :
(rires) En plus moi je me forme auprès de David Féron pour devenir coach vocal. Du coup je viens assez régulièrement à Paris pour cette formation. C’est vraiment une belle ville que je chérie beaucoup.

Vous revenez force avec ce deuxième opus Tomorrow Will Be Without Us je suppose que le procédé créatif a été très différent comparé à celui de votre premier album ?
Pierre Lateur :
Oui c’était assez différent du premier car la plupart du temps c’est moi qui lançais les bases des compositions avec quelques idées de riffs de guitares que je travaillais après avec Marcella qui venait poser sa voie dessus. Lorsque je dis que je posais les bases, ça ne veut pas dire que je créais les chansons de A à Z. Je trouvais quelques riffs de base, quelques accords et puis on étoffait le titre. D’abord à deux et puis avec le groupe au complet sans vraiment faire beaucoup de maquettes, sans enregistrer à l’avance. J’essayais de me souvenir tant bien que mal de ce que je jouais, j’enregistrais ces idées sur mon téléphone pour ne pas les oublier mais on ne faisait pas de maquette à proprement parlé. Pour ce nouvel opus ça a énormément changé. On s’est retrouvé principalement à composer pendant le confinement qu’on a pu vivre il y a deux ans et l’année passée. On a beaucoup enregistré et fait pas mal de démos. Il y a beaucoup d’idée de base qui sont venu de Marcella.

Au début on a commencé à faire de la musique pour passer le temps parce qu’on était bloqué à la maison, on se faisait un peu chier ! (rires)

On passait le temps avec ce que l’on sait faire le mieux de la musique. On ne se disait pas spécialement que ce que l’on était en train de faire allait être le prochain Black Mirrors. Marcella à fait des trucs que j’ai trouvés vachement cool. On a de nouveau commencé à bosser ensemble, on faisait des allée et retour entre ces idées et les miennes. Elle composait un couplet, un riff d’intro, je rebondissais avec un refrain ou un riff d’un morceau. C’était assez collaboratif et cool. Ça nous a permis personnellement de survivre au confinement ça serait peut-être une expression un peu exagérée mais ça nous a aidés à passer à travers. On a fait ces démos qu’on a envoyées aux autres membres du combo pour qu’ils les écoutent tranquille à la maison. On les a envoyées à notre producteur Alain Johannes ce qui nous a permis de bosse avec lui parce que nos maquettes étaient relativement avancées dans un premier temps. Il nous a demandé de revenir à une base plus acoustique. On l’a fait avec Alan via internet puisque lui était à Los Angeles. Il était bloqué las bas évidemment à cause du Covid-19.

On aurait voulu enregistrer à Los Angeles au Rancho de la Luna un studio qui est dans le désert californien mais évidemment ça ne s’est pas fait en raison des conditions que l’on connait. On a tout fait par vidéo et ce qu’il nous demandait c’est de revenir à une version acoustique de la chanson juste guitare voix. Comme cela on voit vraiment les bases des morceaux et à partir de là, on repart sur les arrangements, on retravaille le tout. On n’a pas jeté tout ce que l’on avait fait loin de là. Il y a plein d’idées qu’on a gardées mais on voulait revenir à des versions dépouillées pour être sûr que tout fonctionne en guitare voix et que ça devienne des chansons. Après on a continué à bosser avec lui et le groupe pour les compositions et toujours par vidéo.

Black Mirrors photo #01



A la base vous deviez avoir pas mal de titres composés durant deux ans !
Marcella Di Troia :
On disposait d’une vingtaine de morceaux.
Pierre Lateur : On en avait pas mal, c’est naturel mais au fil de l’écriture on s’est rendu compte qu’il y avait des chansons qui étaient cool mais qui n’étaient pas spécialement ultra cohérente avec ce que l’on faisait. Je pense notamment à un titre qui était un peu plus bluesy avec une vibe que l’on retrouve sur certains morceaux du premier opus. Naturellement on s’est dit que ce morceau était plus tout à fait dans l’évolution actuelle ou il y avait quelques titres qu’on trouvait vraiment chouettes mais qui étaient aussi plus calmes. Il y avait deux titres et demi plus calme comme « Say it Again » et on ne voulait pas non plus avoir trop de morceaux dans ce style-là. Ils se retrouveront peut-être sur un troisième album. Et puis il y en avait d’autres que l’on trouvait nuls et qu’on n’a pas gardés, ou d’autres qui avait besoin d’encore plus de travail pour être réellement aboutis et qu’on n’a donc pas conservés

Vous avez cette fois-ci travaillé avec Alain Johannes, connu pour ses collaborations avec Eagles Of Death Metal, Queens Of The Stone Age, Arctic Monkeys et No Doubt. En termes de production, qu’est-ce qui vous a attiré chez lui ?

Marcella Di Troia : Il fait un peu partie du top de notre liste de producteurs. On aime beaucoup ce qu’il fait musicalement. Ça collait aussi bien avec nous car Queen Of The Stone Age c’est quand même une grosse influence pour nous, ça avait un certain sens. Pour moi il y avait aussi quelque chose que j’ai découvert par la suite, je me suis dit tiens c’est marrant c’est un hasard car finalement il avait un peu cette relation avec sa femme et son groupe Eleven que Pierre et moi au sein de Black Mirrors. Il y avait quelque chose qui moi me touchait aussi par rapport à ça dans le sens ou on fonctionne de la même manière. Il y avait quelque chose qui moi me touchait personnellement par rapport à ça dans le sens ou on fonctionne de la même manière. Il a composé aussi des chansons avec sa femme, il a vécu ce qu’il a vécu avec elle et c’est exactement la même chose que Pierre et moi avons vécu. Du coup j’étais assez touché personnellement par le vécu de la personne. C’est aussi quelqu’un de super humble. C’est un génie et pour moi il a un super groupe, on n’en entend pas énormément parler non plus, c’est toujours un petit peu à l’arrière-scène. C’est vraiment un super musicien, quelqu’un qui à un sens de la mélodie hyper développé. Pour moi c’est vraiment un génie musical qui n’a pas la reconnaissance qu’il mérite.

Il vit à Los Angeles et vous en Belgique, ça n’a pas dû être simple à gérer en termes d’horaires ?
Marcella Di Troia :
On se réveille tôt ! (Rires) Lui il devait se lever super tôt. Rires. Il commençait sa journée à ¾ heures du matin ! Ça devait être quelque chose d’éprouvant, il terminait sa journée à midi. On voyait le jour se lever à LA parce qu’il avait une fenêtre derrière lui. (Rires)
Pierre Lateur : Au niveau pratique, on était en studio et on lui envoyait le signal via un programme qui est vraiment développé pour ça. Je t’avoue que là je ne me souviens plus de son nom. On lui envoyait à la sortie de la salle de mix et on avait une vidéo via zoom comme cela on voyait un peu sa tête. Pour nous il était derrière l’écran pendant tout le processus. Etonnamment je ne suis pas hyper trop branché nouvelle technologie, je trouve que c’est en train de nous pourrir la vie. Mais pour le coup ça n’a pas trop mal marché, ça nous a aidé. On a quand même pu faire un album avec lui plus ou moins dans les temps impartis que nous voulions. Sinon on aurait pu attendre encore un bon moment avant que l’on puisse, soit aller là-bas, ou soit que lui puisse venir en Europe.

C’est assez incroyable cette méthode de travail car à l’écoute de l’opus on ne le ressent pas du tout avez-vous du relevé certains défis que ce soit en cours d’enregistrement ou lors de l’écriture ?

Pierre Lateur : Moi je ne dirais un peu pas tellement au niveau de l’enregistrement mais plus dans la composition ou on a un peu chipoté. Notamment pour le titre éponyme « Tomorrow Will Be Without Us ». A un moment j’ai même arrêté de compter à quel nombre de versions on était. C’est une chanson avec laquelle on s’est un peu battu. L’enregistrement si je me souviens bien a été assez rapide. Un titre comme « Tears to Share » était difficile. Ça a pris du temps parce qu’il y avait pas mal de couches de guitares derrière la performance vocale qui est assez costaud aussi. On a pris plus de temps mais ce n’était pas non plus l’horreur.
Marcella Di Troia : Pour moi le morceau le plus éprouvant personnellement c’était « Ode to my Unborn Child ». C’était difficile en studio de donner l’émotion qu’il fallait, d’interpréter le titre comme il se doit et de trouver le juste milieu entre je me laisse aller et aussi je me contrôle parce que si je me laisse trop aller je pleure. Du coup c’était assez difficile comme moment. Pour moi c’est celui-là le plus éprouvant.

Tu veux dire que le texte est très fort et autobiographique ?

Marcella Di Troia : Oui pour moi « Ode To My Unborn Child » c’est le titre le plus personnel de l’album. C’est-à-dire que j’ai vraiment eu mon processus de deuil entre guillemet en même temps que le processus d’écriture de la chanson et de son enregistrement. En gros pendant ces deux dernières années on a quand même eu pas mal de réflexion par rapport à l’idée d’avoir ou non un enfant, concevoir ou non un enfant.

Il faut que tu expliques de quoi ça parle pour le coup ?!
Marcella Di Troia :
Le truc c’est de se dire que dans le monde actuel on ne peut pas avoir un enfant juste pour soi. Est-ce qu’on est bien avec l’idée de concevoir un enfant sur cette terre, dans ce monde actuel qui part un peu beaucoup en vrille et d’en arriver à la conclusion, si nous on ne se sent déjà pas bien sûr dans ce monde et qu’on est complètement en colère est ce que c’est une bonne idée de mettre une autre âme dans ce monde qui peut être risquerait de ressentir la même chose. L’idée de cette chanson c’est une lettre à l’enfant qui n’est pas née à cause du fait qu’on se dit qu’on ne va pas concevoir un enfant et lui imposer ce monde.

Justement est ce que c’est important pour toi de développer des textes fort émotionnellement à travers des expériences personnelles ?
Pierre Lateur :
Je dirais même que c’est peut-être la seule chose qui importe. En tant que musicien le but c’est de pouvoir toucher l’âme des gens et pour la toucher il faut mettre une partie de son âme sur la table, en jeu entre guillemet, en tout cas l’exposer dans notre musique. C’est la musique qu’on a choisi mais pour moi c’est quelque chose qui est valable pour n’importe quel art. Je considère que, elle n’est pas ratée parce qu’évidemment c’est quelque chose de subjectif et propre à chacun mais si je ne suis pas touché par cette œuvre, la mission n’est pas remplie et je ne pencherai plus dessus. Si une œuvre ne me touche pas. Si c’est une œuvre qui touche plus à l’intellect je préfère lire un bouquin et me développer au niveau intellectuel comme ça. Un film doit me toucher émotionnellement parce que je le considère comme quelque chose à regarder, à revoir. Une chanson doit me toucher. Après évidemment on a tous connu ça, il y a des morceaux qui au premier abord ou ça ne prend pas trop et finalement après plusieurs écoutes tu découvres les détails des choses qui font que tu es quand même embarqué dans le morceau. Ce n’est pas forcément à la première écoute. Pour nous c’est un truc vraiment très important en particulier pour la voix parce que c’est un instrument qu’on à tous en nous, c’est celui qui est le plus vecteur d’émotions.

Look Into The Black, votre premier album, était diffèrent dans une veine plus blues, très éloigné finalement de Tomorrow Will Be Without, non ?
Marcella Di Troia :
Moi j’ai l’impression de m’être un peu plus respecté en tant que musicienne, chanteuse en tout cas dans le sens ou j’ai laissé aller toutes mes influences mais sans réfléchir, sans me dire je vais faire tel ou tel morceau. Pour moi personnellement pour le premier opus, j’avais la sensation de devoir prouver quelque chose à quelqu’un et faire des choses pour plaire alors que pour celui là ce n’était pas du tout le cas, c’était vraiment beaucoup plus intuitif.
Pierre Lateur : Je suis tout à fait d’accord étonnamment j’ai l’impression qu’on a fait l’inverse de ce que la plupart des formations font c’est-à-dire un premier disque un peu naïf et le second plus sous la pression dans le cas où le premier a eu un peu de réussite. On se dit merde maintenant il ne faut pas décevoir les gens faut vraiment se concentrer. Nous on a composé cet opus pendant le confinement sans se dire que ça allait être un disque de Black Mirrors, on s’est juste dit ok on y va on travaille sur le maximum d’idées qui nous passent par la tête. C’est un opus qui est à la fois plus violent et intense et à certains autres moments plus calmes. Je pense à la chanson « Anthropocene » ou tout à coup soudainement il y a ce bridge presque Radioheadien qui débarque alors qu’avant on était plutôt rentre dedans. Ce sont des choses qu’on n’a pas hésité à faire, on s’est pas du tout dit ça va finir comme du Black Mirrors. C’est arrivé un peu tard dans le processus, on s’est dit là on a plein de titres, on a de quoi faire un opus et là on a fait une sélection pour le rendre cohérent. Mais ça s’est fait naturellement, on ne s’est pas dit : « on va enlever nos influences blues de notre style ». Ce n’est pas du tout une volonté, si ça se trouve le troisième sera un disque de blues justement ! (rires) Je ne pense pas mais on ne sait jamais de quoi demain sera fait !



« Snake Oil », votre tout nouveau single, traite de la manipulation un thème directement en rapport avec l’ambiance pas très joyeuse de cet album !
Marcella Di Troia :
Oui la manipulation de tous les jours que ce soit politiquement ou dans les médias. Mais en soi oui pour moi c’est un sujet dont j’avais envie de parler. De base on écrit d’abord la musique sans les paroles. Ca me faisait penser à quelque chose d’un peu fou, quelqu’un de fou qui péterait un câble et qui commencerait à danser comme un malade, qui découvrirait quelque chose. Mais il y a vraiment cette notion de folie, de laisser aller que je ressens dans le morceau. Du coup j’ai commencé à imaginer quelqu’un de malade qui est considéré en tant que tel et qui découvre certaines choses, une manipulation et qui exprime cette émotion dans l’idée : « Qu’est ce que j’ai été bête de ne pas voir en fait et de m’en rendre compte seulement maintenant ».
Pierre Lateur : Ce titre en fait c’est une autre façon pour désigner cet espèce de remède, cet élixir de jeunesse que les médecins un peu charlatans vendait à l’époque de la conquête de l’ouest. « Snake Oil », c’est cet élixir, on vous vend des merveilles, des miracles incroyables alors qu’en fait tu es juste en train de boire un peu de sirop mélangé à du Whisky, il n’y a rien de miraculeux.



Vous avez tourné plusieurs clips pour cet album c’est un exercice que vous appréciez ?
Marcella Di Troia :
Oui totalement, Pierre est un peu moins fan.
Pierre Lateur : Moi ça me soule ! Tu attends des heures que la mise en place soit faite. Je ne suis pas du tout quelqu’un d’impatient, je peux attendre des heures en studio. Mais les clips ce n’est pas quelque chose qui me passionne après je le fais pour le groupe. Je ne veux pas être là à râler toutes les deux minutes pendant le clip. Marcella adore ça et elle a porté le projet.
Marcella Di Troia : Pour le clip de « Lost in Desert », j’étais à la production, à la réalisation, aux décors. J’avais mille casquettes pour ce tournage. J’ai fait les tenues, les décors, j’ai imaginé l’idée. Il fallait aussi contacter les gens intervenants, trouver des personnes qui peuvent aussi jouer les personnages ou on ne voit pas les visages et qui sont derrière nous, il marche derrière le fauteuil au début du clip. Il fallait les contacter, apprendre à savoir faire les décors. J’ai eu pas mal de personnes au téléphone qui m’expliquait comment m’y prendre. Je suis un peu novice, c’était assez dingue et rigolos. Hormis la partie production ou il fallait contacter les gens et qui ne me plaisait pas du tout, tout le reste qui était un petit peu plus créatif comme concevoir les costumes, créer des décors, imaginer le thème, étaient des choses dans lesquelles je pouvais exercer ma créativité. C’était vraiment super chouette à faire et d’ailleurs on a recommencé avec « Snake Oil » avec un peu moins d’intervenant. Mais imaginer les idées, les tenues, c’est quelque chose que j’aime beaucoup.



L’album s’intitule Tomorrow Will Be Without Us : un titre très sombre et pas du tout optimiste. Je suppose que le fil rouge qui prédomine à travers les textes c’est la vie sur la planète et les dégâts irréversible occasionnés par l’Homme ?
Marcella Di Troia :
Oui, c’est tout à fait ça. On a composé cet album principalement pendant le confinement, on avait des questionnements, on avait pas mal de réflexion par rapport aux raisons qui nous ont amenées à ce confinement. Qu’est ce qui a fait qu’on en est arrivé là ? Un virus qui bloque toute la planète entière et donc on a pas mal lu de bouquins, on s’est pas mal renseigné, on a beaucoup lu des Jancovici, des Aurélien Barreau, pas mal de conférences sur YouTube sur Arthur Keller. Ces personnalités-là qui essaient d’ouvrir les yeux à certaines personnes et essaient de changer les choses, de documenter les gens on va dire. L’album est notre vision des choses. Notre réflexion par rapport à ce monde qui pour moi part complètement en vrille. C’est clair que le titre est hyper dark mais c’est un peu ma vision des choses, assez pessimiste par rapport au futur. On pensait que pendant le confinement il y aurait eu des éléments de confiance qui allaient faire changer les choses et finalement on se retrouve avec un monde pas trop changé par rapport à avant cette crise sanitaire. Je me dis si on continue comme ça, c’est un peu la fin du vivant. Je ne sais pas si tu veux rajouter des choses par rapport à ça.
Pierre Lateur : La première c’est notre observation en tant qu’artiste. On ne prétend pas être des donneurs de leçons ou s’extraire du problème, on est aussi dedans. Il y a deux jours on est parti jouer en Suisse, tu te tapes sept cents bornes en van et en fait tu pollues. Tu fais exactement la même chose que plein de gens qui se déplacent aussi pour le boulot. On ne se déplace pas dans un super transporteur qui brule trente mille tonnes de fuel à la minute ou je ne sais pas en combien de temps je n’ai pas les chiffres exacts en tête, mais ce n’est pas la même chose. On est conscient du problème aussi, c’est juste notre observation personnelle.

On n’est pas un parti politique où des militants qui diraient à leurs gars « arrêtez vos conneries », ou qui leur donnerait la solution. Ce n’est pas notre cas. En ce qui concerne le titre de l’album, c’était le titre d’une chanson avant de devenir le titre de l’album. Au vu du thème abordé par Marcella ça semblait une évidence qu’il fallait le choisir car pour nous il y a trois niveaux de lecture à ce titre. Le premier c’est le plus simple à voir. Demain se fera sans nous de manière plus personnelle, sans moi, sans toi, sans Marcella. Essayons de faire du bien avec le temps qui nous reste. Pour nous, c’est faire de la musique et transmettre notre passion aussi car nous sommes tous les deux des coachs musicaux en Belgique. C’est aussi une manière de faire le mieux possible pour le temps qu’il nous reste. Le deuxième c’est demain se fera sans nous, on peut le voir plus comme l’espèce humaine donc si on continue comme ça, à un moment l’espèce humaine va disparaitre. C’est donc nous en tant qu’être humain. Le dernier niveau de lecture qui est le plus important à nos yeux. C’est nous, mais le vivant pris dans son entièreté, les animaux, les plantes…

Chaque chose qui vit sur cette terre. L’idée c’est de commencer à réaliser qu’on ne forme qu’un. Il n’y a pas nous et la nature ou le vivant séparé même si ça fait des années qu’on construit des maisons et qu’on fait appel à des nouvelles technologies pour nous faire croire que l’on maitrise la nature et qu’elle est totalement différente de nous et que nous on est supérieur à elle et qu’elle on peut la laisser dans des parcs, des zoos, et qu’on va passer de jolies vacances dans de jolis endroits naturels mais sinon on est vraiment maitre sur cette terre. Et dans ce sens-là, le « nous » est très important. Le « nous » en tant que groupe, en tant qu’artiste est de se réconcilier avec le vivant d’une manière générale. On est une seule et même chose, traversé par la même énergie et on doit essayer de comprendre mieux cette nature de notre vivant et d’en tirer une certaine leçon et espérer peut-être pouvoir survivre. Sinon ce sera nous en tant que vivant qui va clamser parce que là on parle beaucoup du réchauffement climatique.

C’est une chose mais il y a énormément d’autres problèmes, notamment que l’on vit une extinction radicale et massive. On parle de la sixième extinction de masse, ce n’est pas rien. Tu vois ça dans les océans, les oiseaux, les espèces qui disparaissent parce que l’extinction ce n’est pas juste une espèce animale qui disparait du jour au lendemain, certaines espèces se retrouvent avec cinquante pour cent de leur population qui disparaissent. Ce sont des chiffres hallucinants. C’est sur ce n’est pas l’album le plus joyeux du monde mais nous ça nous a permis de vivre avec ses émotions là, de pouvoir mettre sur la table ce que l’on ressentait. C’est un peu une catharsis même si on peut nettoyer un peu. Le problème est toujours là et on y pense toujours.

Est-ce que c’est un thème que vous avez envie de développer sur d’autres albums ou avez-vous envie de faire quelque chose de complètement différent par la suite ?
Marcella Di Troia :
On n’y a pas encore pensé. Rires. Après ça fait partie de nous quelque part. Est-ce que l’on va encore en parler de la même manière je ne pense pas. Je pense qu’on va évoluer aussi en tant que personne et être humain. Dans notre société on ne va pas se projeter dans l’avenir et dire dans un an ou deux on pensera comme ça. C’est complètement difficile maintenant. On va composer la musique mais pas encore les paroles. On ne sait pas encore très bien où on en sera d’ici-là.

J’ai vu que vous aviez fait une reprise des MC5 « Kick Out the Jams » j’ai l’impression que c’est un morceau qui vous tient particulièrement à cœur ?!
Pierre Lateur :
Franchement, c’est un morceau que j’ai adoré jouer pendant des années sur scène. Maintenant on ne le fait plus car la setlist a un peu changé. Peut-être qu’il reviendra un jour, ça fait partie de la vie d’un groupe et de ses chansons. Paradoxalement c’est marrant parce que MC5 n’est pas spécialement un groupe que l’on a écouté, on pourrait dire que c’est un groupe fondateur pour le son Black Mirrors mais on était tombé d’accord d’en faire une version qui était à la croisée des chemins entre notre son, leur chanson, la version originale et un feeling un peu à la Rage Against the Machine. D’ailleurs un groupe qui a fait la reprise aussi mais beaucoup plus lentement. C’est assez marrant car à l’époque on avait eu un souci avec notre batteur de l’époque et on s’est retrouvé à deux jours du studio. Cette chanson n’a pas été enregistrée en même temps que l’EP.

L’EP a été enregistré six mois ou un an après. On se retrouve à deux jours du studio sans batteur et on a appelé un pote à nous qui est batteur et joue de la batterie. Il nous a dit ok, mais le matin je bosse et je ne pourrai arriver qu’à treize heures et demain je bosse donc on ne pourra pas répéter avant. En gros le gars nous dit qu’il est prêt à le faire mais qu’il a deux heures dans la journée pour le faire et c’est tout. On se dit on va le faire comme ça et en fait il est arrivé et on a fait deux prises du morceau. La batterie était bonne dès la deuxième prise, il a tapé un peu de tambourin et de piano parce qu’il a dit que ça sonnerait bien et il est parti. On a fait deux prises parce que c’est moi ou le bassiste où on a commis une erreur. Pas lui qui n’avait jamais fait le morceau avec nous. Je crois que c’est même la première fois que l’on jouait avec lui. Donc c’est un morceau au niveau de l’anecdote qui est assez sympa pour nous et j’ai adoré jouer ce morceau pendant des années.

Votre line up depuis 2020 a énormément évolué avec l’arrivée de Pierre Guillaume (guitare, synthés, chœurs), André Six (basse) et Yannick Carpentier (batterie) !
Pierre Lateur :
Déjà à l’heure actuelle j’ai l’impression que c’est la meilleure version du groupe. Au niveau musical. Yan c’est vraiment un batteur incroyable, une personne humainement super et notre second guitariste a permis d’étoffer un peu le son que ce soit en live mais aussi en studio. Moi ça fait des années que je voulais avoir deux guitares dans Black Mirrors. On avait même fait l’essai avec un gars tout au début de Black Mirrors, les deux premiers concerts de Black Mirrors s’est fait avec deux guitares.

Finalement l’essai n’a pas été hyper concluant. C’est une idée qui me restait en tête car même sur le premier album il y a des secondes guitares, il y a des moments où il y a une guitare un peu plus derrière qui ouvre un peu le champ au niveau de la trois D sonore. Là on s’est dit c’est le moment car sur le deuxième album, il y avait tellement de secondes guitares qui avaient de l’importance, des trucs que Marcella avait composés aussi. Il y a des guitares sur l’album, des petites guitares ambiances qu’elle a faite elle et qui sont même enregistrées par elle sur l’album et on s’est dit là on ne peut pas s’en passer. Pour Marcella jouer de la guitare en live c’est tout à fait possible mais ça réduirait quand même un peu sa capacité de mouvement comme elle saute partout sur scène. Rires. Même s’il y a trois morceaux que l’on va faire maintenant pendant la tournée pour le nouvel album, où effectivement elle a une guitare. Tout un concert on s’est dit c’est trop compliqué à mettre en place et on va trop réduire sa liberté sur scène. Il valait mieux éviter ça donc c’est pour ça qu’on a accueilli Pedro comme nouveau membre. Cinquième membre guitariste.

Marcella, comment te prépares-tu vocalement pour l’enregistrement d’un nouvel album ?
Marcella Di Troia :
La voix je la bosse par la pratique du coaching vocal. Je la bosse pratiquement tous les jours. Y a des moments où je suis plus à me nourrir et à moins travailler ma voix mais globalement je suis mené à chanter tous les jours. La différence qu’il y a entre les autres albums est celui-ci. C’est que comme je le disais tout à l’heure j’ai le sentiment que j’avais moins besoin de prouver quelque chose vocalement de dire je sais faire ci. Voilà. Ici, j’ai juste l’impression de respecter les chansons et un morceau comme « Anthropocene » où je suis dans un registre beaucoup plus grave ce n’est pas forcément habituel pour moi de chanter dans ce registre là mais ça fonctionnait bien sur cette chanson. J’essaie de chanter dans ce registre même si je n’ai pas l’habitude d’utiliser. Il y avait vraiment cette idée de servir le morceau avant de servir mon égo on va dire. Rires. Je me suis servi de ce morceau pour avoir envie de prouver que je sais faire telle ou telle chose techniquement même si sur certain morceau comme sur « Tears To Share » il y a des envolées un peu plus techniques on va dire. Là j’avais envie de servir l’intention du morceau pour être plus dans l’interprétation et moins dans la technique.

Ce nom de Black Mirrors, comment vous est-venu au fait ?
Pierre Lateur :
Je ne sais plus qui de nous deux l’a trouvé. Tout ce qu’on sait c’est un hommage lié à la série Black Mirror sans « s » qui a commencé à sortir il y a douze ou treize ans et nous avions été super marqués par cette série, en particulier les deux premières saisons parce que c’est une série qui montre à quel point l’impact des nouvelles technologies peut être important sur notre vie de tous les jours. Ce qui est marrant c’est que l’on peut qualifier cette série d’anticipation c’est-à-dire qu’elle mettait en avant la technologie qui à l’époque n’existait pas encore.

Je pense notamment à l’espèce d’implant qu’ils ont dans leurs cerveaux qui leur permet d’enregistrer tout ce qu’ils vivent et de revivre des situations qu’ils ont vécu précédemment et de les partager avec leurs amis. Un gars qui passe un entretien d’embauche qui passe une soirée avec des amis à lui et repasse sur un écran pour leur montrer ce que lui a vécu pour se reconnecter à ses souvenirs. Tu as toujours des dérives de toutes ces technologies qui sont hyper horribles. A l’époque c’est un sujet qui me parlait beaucoup et toutes ces réflexions par rapport au transhumanisme qui étaient évoquées dans cette série qui est une chose absolument horrible je trouve. Il y a cette espèce de pensée et cette fuite en avant, on sent que la technologie va nous aider à vivre un monde meilleur alors qu’en fait la technologie est en train de nous amener droit dans le mur depuis la révolution industrielle. Et encore une fois on fait partie du problème car on a enregistré notre album sans la technologie, sans internet sans les ordis portables connectés et tout ça en faisant appel à notre jeunesse.

Il y a un truc effrayant dans la technologie, cette ère du tout numérique. Tout le monde avec son Smartphone, on vit dans sa bulle, sa bulle numérique en fait et la série parlait de ça de manière vraiment grandiose de manière super frappante, touchante et émotionnellement aussi important. Ce n’est pas juste une série un peu factuelle, très intello qui dénonce les choses. C’est quand même cette capacité émotionnelle à toucher et comme je le disais plus tôt pour moi c’est quelque chose d’extrêmement important qu’on avait envie de s’associer à ça via les membres de notre groupe. C’était un peu aussi notre tribu des Black Mirrors ou les Blackfeets, une tribu amérindienne comme Marcella très imprégnée de culture amérindienne que ce soit par la lecture ou des films. Peut-être un certain partage une philosophie notamment un lien avec la nature le « us » que je parlai tout à l’heure. Eux, les peuples primitifs les amérindiens avaient bien compris que la nature c’était nous aussi. On en faisait partie. Ce n’était pas séparé.

Depuis l’arrivée des Smartphones, le public est constamment en train de filmer ou de prendre des photos. Est-ce quelque chose qui vous impacte lorsque vous êtes sur scène ?
Marcella Di Troia :
Non, on ne fait pas attention.
Pierre Lateur : On est tellement dans notre espèce de bulle, d’envoyer notre bazar ; on n’est pas coupé du public loin de là qu’on n’y fait pas forcément gaffe. Moi ça a tendance à me peser quand je vais voir un autre artiste et que je suis moins dans cet état de transe que tu peux ressentir quand tu es sur scène. Et donc tu fais attention à ça quand tu vois tout le monde sortir leurs Smartphones. D’autant que moi je n’ai pas de Smartphone par exemple. Ça ne m’intéresse pas du tout, je n’ai pas envie d’être connecté en permanence et je suis quelqu’un qui considère qu’un souvenir est fort parce que tu le retiens vraiment toi-même. Il doit vraiment être ancré en toi parce que tu as été vraiment touché émotionnellement par l’instant.

Du coup je n’ai pas besoin de photos pour me rappeler ce moment. Même à l’époque des vrais appareils photos, je n’étais jamais intéressé de prendre des photos de quoi que ce soit et j’adore la photographie. Un de mes meilleurs potes est photographe, j’ai un respect immense pour son travail et le sien. C’est quelqu’un notamment qui a fait la pochette de l’album. J’ai un respect de malade pour la photographie mais je n’ai pas ce besoin de capturer un moment, il sera capturé dans ma mémoire et si je dois l’oublier cela fait partie de la vie.

Black Mirrors photo #03



L’une de vos intentions à l’avenir serait peut-être d’enregistrer façon vintage, à l’ancienne comme dans les années 60, 70, en analogique par exemple ?
Pierre Lateur :
Ça pourrait être une expérience qui est chouette, mais ce n’est pas quelque chose que l’on cherche absolument à faire. Le numérique ça parait paradoxal par rapport à tout ce que je viens de dire. C’est l’avantage aussi. Et de toute manière ton signal analogique on devra le traiter numériquement pour être mis sur un cd, sur Spotify et même sur les vinyles. Après les vinyles ne sont plus tout à fait conçus comme à l’époque et Milium notamment a travaillé à développer des systèmes des convertisseurs pour que ce transfert de l’analogique vers le numérique se passe le mieux possible avec le plus de respect du son original parce que lui c’est un mec passionné de son. Il pétait des câbles lorsqu’il y avait des conversions de son de sa musique donc c’est quand même tout un bazar en équipement assez couteux. Il faut vraiment aller dans des studios très spécifiques aussi donc tu peux avoir ça. Ça prend beaucoup plus de temps et tu as beaucoup moins le droit à l’erreur, ce qui est intéressant du coup. Ce n’est pas quelque chose spécialement où l’on va courir après. On serait plus intéressé de faire une tournée en calèche par exemple, une tournée qui nous prendrait six mois à la place de quinze jours.
Marcella Di Troia : Empreinte carbone oblige…

Donc pour vous, le jet privé ça n’arrivera jamais !
Pierre Lateur :
Non ça c’est sûr que tu ne nous verras jamais en jet privé. (rires)

Comment vous vous sentez depuis que l’album est sorti ? Quels sont les premiers retours ?
Marcella Di Troia :
Hyper heureuse parce qu’on a reçu des feedbacks hyper positifs jusqu’à présent que ce soit dans la presse ou au sein de notre audience. C’est vraiment hyper positif; donc ça nous fait hyper plaisir de voir cet album qui finalement est parti de quelque chose d’hyper intuitif sans se creuser la tête, sans se poser des questions et avoir ce retour-là ça fait hyper plaisir et on est hyper impatient de pouvoir fêter aussi ça avec nos amis et familles et fans aussi en Belgique le 18 novembre. On fera une grande fête je pense. Là pour le coup on est hyper impatient d’y être.

Au fait, est-ce que c’est facile de s’imposer en Belgique ?
Marcella Di Troia :
Quand on fait du rock, ce n’est pas évident.
Pierre Lateur : Comme le dit Marcella, ce n’est pas évident quand on fait du rock et nous c’est pour une de ces raisons qu’on a voulu rapidement jouer à l’étranger en particulier en Allemagne parce qu’on sait qu’il y a un public assez important. C’est aussi un grand pays donc il y a pas mal de villes à faire et en Belgique il manque un peu des clubs de taille moyenne je dirais. Quand tu es un groupe qui commence tu as les petits bars, cafés concerts tu as vite des salles plus grandes. Il manque un circuit de club d’une capacité entre cent et trois cents personnes.

Alors il y en a, même un à côté de chez nous, le ZiK ZaK, à Ittre qui est une salle hyper sympa mais il n’y en a pas tellement et donc c’est développer le son que tu dois faire. Jouer dans un bar pour cinquante à cent personnes et jouer dans un club de cinq cents à six cents personnes ce n’est pas évident à gérer, déjà pour qu’un organisateur de concerts te fasse confiance car si tu passes d’un bar à six cents personnes tu ne vas pas remplir la salle la première fois directement. Il faut qu’un organisateur te fasse confiance et il faut aussi gérer l’espace parce qu’à chaque fois que la salle s’agrandit tu n’as plus du tout le même espace scénique. Faut le gérer quand tu fais un concert. Et dans les médias ce n’est pas évident non plus car ils ne sont pas très rock mais ça c’est un peu partout la même chose. Même si cela a tendance à changer ces derniers temps, pour ça je suis relativement positif. Malgré tout ça je trouve que le soutien de certain média, de notre public belge est quand même quelque chose qui fait chaud au cœur et en fait maintenant on est super content de rejouer chez nous. On a eu un moment aigri, aigri ce serait peut-être un grand mot, un moment où on s’est dit on s’en fout on va jouer à l’étranger, de toute façon vous ne nous acceptez pas ici, mais il a presque fallu faire ça pour après revenir. Il y a pas mal de groupes belges qui parlent de ça en fait. Il faut avoir joué à l’étranger pour que l’on soit accepté. C’est vrai qu’on l’a un petit peu ressenti.

Pour conclure, qu’est-ce que vous avez envie de dire qui vous parait fondamental par rapport au groupe, à l’album, à votre évolution au fil des années ?
Pierre Lateur :
Moi ce qui me parait fondamental c’est que cet album est peut-être assez sombre mais il est la photographie de ce qu’on est, de qui on était pendant la période pendant laquelle on l’a composé. Une période qui était pour tout le monde difficile, pas seulement pour nous. C’est une période qui est très difficile spécialement au niveau de la santé, il y a des gens qui ont eu peur je peux le comprendre, au niveau économique cela n’a pas été évident et nous on a pu y mettre beaucoup de choses, de nos peurs, de nos émotions qu’on ressentait à ce moment-là, de nos réflexions aussi qu’on avait à ce moment-là. Voilà on espère que cet album pourra avoir le même effet sur les gens qu’il a eu sur nous c’est-à-dire les aider à se nettoyer quelque part et un peu se soigner. Ça peut paraitre ambitieux comme projet mais déjà si on arrive à les toucher c’est déjà magnifique. Mais je pense qu’il y a parfois ça avec une musique plus dark, plus mélancolique. Je suis un énorme fan de Radiohead par exemple et parfois le fait d’écouter un morceau très mélancolique te permet de faire et de passer à autre chose. Tu as ressenti cette émotion pleinement, l’artiste l’a ressenti pour toi entre guillemet, l’a enregistré et la mise à disposition de tout le monde. Je sais que la musique très déprimante m’a parfois aidé à passer des phases déprimantes de manière paradoxale. On espère qu’on pourra apporter ça aux gens, cette petite pierre à l’édifice ce qu’est difficilement la musique mais on espère que dans cet édifice immense il y aura une petite pierre avec notre nom dessus et qu’on pourra dire qu’on a aidé certaines personnes.
Marcella Di Troia : Je ne peux pas dire mieux que Pierre. Il a exprimé tout ce que je pense. Je suis entièrement d’accord avec lui. Je ne vais pas dire plus ou moins parce qu’il a très bien résumé ce que l’on pense.

J’espère qu’on se reverra bientôt à Paris.
Marcella Di Troia :
Ben oui, on espère revenir très très vite en France. On aime beaucoup notre public français.
Pierre Lateur : Normalement sans trop en dévoiler, on devrait revenir à Paris dans les six mois. En tout cas en France.


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