Du chaos peut parfois naître d’autres chaos (et on ne parlera pas là de la situation politique française actuelle, non…), mais également de belles choses, comme nous le propose le bassiste français Brice Leclercq (mais aussi guitariste et chanteur ici) avec From Kaos, son tout nouveau projet musical black metal, d’obédience scandinave, après des années d’absence scénique et discographique. Si les noms de Brice Leclercq ni From Kaos ne disent peut-être pas grand-chose à certains, pour d’autres, cela évoque déjà de belles choses… En effet, le musicien et ingénieur du son a joué dans le mythique groupe suédois feu Dissection de 2004 à 2006, en support live pour l’ultime album du retour Reinkaos (d’où le nom de From Kaos ici choisi par Brice ;-)) avant le suicide de son leader, Jon Nödtveidt (R.I.P.), participant au passage au single « Maha Kali » et à l’enregistrement en studio de l’album pour lequel il ne fut cependant pas crédité, mais ça c’est une autre histoire que l’on vous invite à (re)découvrir à travers notre entretien passionnant avec Brice Leclercq en format vidéo en bas de cette chronique… Pour finir sur le CV du bonhomme quand même, notre gaillard a officié aussi en tant que bassiste de session live de 2009 à 2011 pour les illsustres Satyricon (que l’on connait bien ici à Metal Obs), et puis aussi dans divers groupes comme Ages, Con, et Nightrage (notre dernière interview réalisée en 2024 à retrouver ici). Bref, tout cela forge l’expérience et un homme. Et celui-ci nous offre un premier album studio fait maison, honnête, nourri de son parcours et de ses influences que vous aurez devinées : le black metal scandinave. Pour ce premier volet intitulé Synchronicity I qui appelle déjà à une suite, il s’est adjoint les services d’un ami et complice : Janne Jalomaah qui œuvre derrière les fûts de Dark Funeral depuis 2018. Tout cela sent très bon, mais ça donne quoi au final From Kaos ? Eh bien ! Un duo franco-suédois qui forcément évolue donc dans un black metal scandivave donc, teinté de mélancolie, voire parfois progressive et folk (sans pour autant utiliser d’instruments folk), avec une approche très organique, notamment au niveau sonore.
Passée une intro instrumentale très métaphorique de laquelle Brice semble revenir du néant après des années de silence (« Into The Void »), c’est le morceau « Patterns in Existence » qui déboule sur les chapeaux de roue sur riff dissonant de guitare électrique joué lui plus lentement. Les accords sont assez complexes, puis les screams de Brice Leclercq, pour la première fois ici au micro, se font entendre. Si l’ensemble sonne à la première écoute de manière touffue et un peu brouillon, peu à peu on décode la structure de la chanson, Plusieurs breaks se succèdent puis un break central permet une respiration, avant une remontée progressive en puissance tout en vélocité, et le riff devient entêtant, jusqu’à un solo assez prenant. Intéressant. Puis le diptyque « Beyond » survient, composé dans sa première partie d’un riff d’inspiration presque heavy metal et plus immédiat que le titre précédent. Le chant de Brice est toujours aussi convaincant. A la batterie, point de trigger, c’est du 100% bio signé Jalomaah (Dark Funeral) et pas de doute, ça envoie ! Après un blanc, la second partie (« Beyond II ») met un peu de temps à s’enchaîner, dommage, et s’ouvre à travers le chant crié de Brice « Beyond ! » justement, alors que la batterie s’accélère notamment à la caisse claire. Les guitares deviennent entêtantes, puis un pont atmosphérique au milieu du morceau prend étonnamment place, laissant un peu de répit dans ce chaos parfaitement maîtrisé par le duo. Sur From Kaos, Brice est libre et laisse ainsi cours à sa créativité musicale, chose qu’il ne put faire à travers ses collaborations de session avec Satyricon ou Dissection où il n’était finalement qu’un exécutant au service de leaders comme Satyr ou Jon Nodveidt. C’est ainsi que sur le magnifique interlude « 7 notes in black », il reprend à sa manière un thème musical inspiré des films d’horreur italien des années 60/70 du genre giallo, comme il nous l’a confié lors de notre interview.
Mais les influences Dissection ressurgissent du passé sur le sombre « The Outskirts of The Mind », un single à la fois classique et teinté de mélancolie, comme l’exprimait souvent autrefois l’ancien combo culte de Stockholm, que ce soit sur l’album The Somberlain ou bien même jusqu’à l’ultime Reinkaos auquel il manquait quand même quelque chose pour en faire un album réussi. Sur « In the Waters of Time », les guitares se voient agrémentées d’influences hard rock, avant d’évoluer sur un black metal mid-tempo sinueux aux accords dissonants. On retrouve une sorte de spleen dans From Kaos, avec la réflexion et la maturité d’un homme sur son passé et son devenir, le temps passant pour nous tous, mortels. « An Eye For an I » n’est pas une reprise de Soulfly, se veut plus frondeur et rapide, avec des riffs plus incisifs, et les blasts beats du batteur de Dark Funeral qui font des merveilles. On peut retrouver ici et là des influences progressives à la Enslaved, période Blodhemn/Mardraum (Beyond The Within), ou des derniers Satyricon (Satyricon et Deep Calleth upon Deep, pas Satyricon & Munch). La fin de ce morceau s’avère néanmoins particulièrement violente. « Aeon of Horus » suit un peu le même schéma, et on peut trouver une certaine redondance tant dans les riffs que ce rythme élevé, mais une approche preque folklorique (du fait de l’utilisation à la place d’un médiator, peut-être) crée un espace sonore original et là encore dissonant, alors qu’un break central laisse entrevoir un riff plus mélancolique avant que cette batterie infernale ne vienne nous happer dans ce chaos infernal. Enfin, c’est « The Vision and The Curse » qui conclut sauvagement et sur un riff plus lourd les hostilités de ce premier volet de Synchronicity qui appelle donc une suite. Aujourd’hui, il en résulte une oeuvre sonore intéressante, à la fois personnelle et teintée des références musicales, conscientes ou non, qui ont jalonnaient le parcours de Brice Leclercq. Dans son nouveau projet From Kaos, il n’hésite pas à expérimenter parfois, au risque parfois de dérouter l’auditeur, mais très vite on retombe dans un black metal familier et artisanal, qui ne demande qu’à se développer prochainement dans Synchronicity II, on l’espère vite. Et pourquoi pas à travers des shows ? L’avenir le dira, mais telle une catharsis pour son auteur, cela fait du bien dans tous les cas de retrouver notre Brice à l’ouvrage, et pas simplement à travers ses superbes reprises des classiques du metal à la basse sur chaîne YouTube ! [Seigneur Fred]
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