L’automne est là, propice à la dépression, et quoi de mieux que la musique pour exprimer son spleen ? En la matière, Funeral est le candidat requis, le sextet norvégien excellant dans un gothic/doom metal lyrique de grande classe depuis 1991. Leur tout nouveau bijou, Gospel Of Bones, possède des éléments folkloriques et baroques qui vous feront sortir la tête de l’eau… [Entretien intégral avec Anders Eek (batterie, guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]


Juste une question à la fois simple et difficile : le groupe Funeral existe depuis 1991 en Norvège, et s’est séparé pendant un an entre 2003 et 2004. Alors, qu’est-ce qui te motive encore aujourd’hui à jouer et à créer cette musique si belle et mélancolique ?
Un mot : la passion. Et l’envie d’exprimer des émotions à travers l’art. De partager des émotions intimes de mélancolie, et peut-être de toucher d’autres personnes. J’écris cependant pour me faire plaisir, en gros.
Votre précédent album Praesentialis in Aeternum est paru en 2021 sur le label français Season of Mist pour la première fois. Quelles conclusions en tires-tu ?
Cet album était l’expression de l’époque à ce moment-là. Et un album dont je suis très fier, écrit à la suite d’Oratorium (2012), qui se composait également de chansons écrites pour le précédent album. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur mon bon ami Tom Holmen (qui est psychologue et excellent écrivain) pour rédiger des paroles basées sur la philosophie d’Emmanuel Kant et qui ont été écrites comme un album concept en norvégien pur. Mon ami Jarno Salomaa du groupe finlandais Shape of Despair avait co-écrit la chanson « Materialie ». Travailler avec le label Season of mist a été (et est) une chance pour Funeral car il a les ressources pour nous promouvoir d’une très bonne manière et diffuser notre musique à un public plus large. Notre contrat avec eux est maintenant terminé, et nous verrons qui sortira nos futurs albums…
En général, comment procédez-vous et travaillez-vous lorsque vous commencez à composer votre musique et à écrire les paroles ? À partir de mélodies jouées et trouvées à la guitare ou au piano peut-être, ou de lignes vocales chantées dans votre tête ? Et quand viennent alors de coucher les mots dessus : avant ou après la musique ?
Tout commence toujours par le riff. Je joue sur la guitare, et c’est arrangé dans une structure instrumentale. J’écris des paroles tout le temps, et j’essaie de trouver des paroles qui collent à l’ambiance de la musique. Après cela, j’ajoute l’orchestration. C’est aussi globalement écrit à la guitare. Les paroles et les lignes vocales sont la dernière partie du puzzle.
Pour Gospel of Bones, avez-vous travaillé avec la même méthode car vous n’aviez pas enregistré ni sorti d’album studio entre 2012 et 2021, donc peut-être que vous avez expérimenté de nouvelles choses ou méthodes en répétition puis en studio par exemple, des idées d’arrangements musicaux ou de voix pour les neuf morceaux inédits ? L’arrivée d’Ingvild Johannesen alias « Sareeta » (de Ram-Zet) dans le groupe en 2021 a-t’elle offerte de nouvelles perspectives et horizons musicaux ?
Je travaille toujours avec la même méthode. Les raisons entre les deux sorties que tu évoques là et pourquoi cela a pris du temps, c’est essentiellement que la vie s’en est mêlée. Et j’ai eu du mal à trouver une formation décente entre les naissances, les déménagements, les études, etc. J’écris toujours, mais il faut parfois un certain temps pour que tout soit enregistré et publié. C’est pourquoi il y a parfois des chansons assez anciennes sur les nouveaux albums. Cette fois-ci, cependant, il n’y a que des chansons écrites au cours des trois dernières années. J’ai beaucoup écrit pendant le covid-19, et j’ai probablement environ dix autres chansons prêtes pour une autre sortie. C’était très agréable d’avoir Sareeta à bord, je dois dire. J’ai enfin eu la chance d’enregistrer de vraies cordes et du piano authentiques, et de ne pas compter sur une orchestration programmée.
Quel est ce « Gospel Of Bones » mentionné à travers le titre de ce septième opus ? Est-ce là un concept album pour Funeral ?
C’est une autobiographie, en fait, et elle traite de la perte de mes trois amis les plus proches entre 1999 et 2006, dont deux jouaient dans le groupe (Einar et Christian). Et c’est un hommage à ces trois âmes. Il y a des paroles en anglais mélangées à des couplets norvégiens. Les paroles en anglais ne sont pas linéaires, les couplets norvégiens sont linéaires et lient le tout, et ça se termine sur le dernier morceau « Når kisten senkes », qui se traduit par « Quand le cercueil est abaissé ». Je trouve qu’il est beaucoup plus facile d’écrire dans ma propre langue, et je pense qu’en tant que groupe norvégien, c’est ce qu’il faut faire. Mais je respecte le fait que nous ayons un public beaucoup plus large à l’étranger, donc je choisis les deux pour s’exprimer, comme nous l’avons toujours fait depuis la sortie de notre premier album Tragedies (1995). C’est donc en quelque sorte une tradition chez Funeral.
Au sein du groupe, je présume que certains membres viennent de la musique classique ou de la musique folk avant de jouer du metal (comme Sareeta avant de jouer dans Ram-Zet par exemple) car on peut clairement entendre des influences de musique classique et de musique lyrique, et aussi de folklore. Pourrais-tu m’en dire plus sur ton parcours car Funeral n’est pas n’importe quel groupe de doom metal et c’est ce qui a fait justement votre propre style et votre personnalité, je dirais ? (sourires)
Merci. Notre chanteur Eirik est un chanteur d’opéra baryton de formation classique et a travaillé avec la musique classique toute sa vie d’adulte, se spécialisant en particulier dans Wagner. Il est engagé pour chanter lors de concerts classiques dans toute l’Europe tout le temps et est très compétent, travaillant également à l’opéra national d’Oslo. Sareeta a également une formation classique depuis son plus jeune âge. Elle a également appris à maîtriser le violon traditionnel norvégien « Hardanger » assez récemment en fait, et j’ai choisi cet instrument comme une sorte de thème instrumental sur tout l’album, car je pense qu’il convenait parfaitement à mes chansons. Nous sommes tous inspirés par la musique folk et en particulier le rock folk à vrai dire. Personnellement, mon parcours musical personnel et mes inspirations sont le metal, le folk et la musique classique. Je pense donc que le dernier album reflète tout cela…
Quelques mots sur le clip tourné pour la belle chanson « My Own Grave », s’il-te-plaît ! A-t-il été enregistré dans un musée ou un château parce que la lumière est spéciale et l’on peut y voir de grandes peintures sur les murs autour de vous ? Le lieu semblait idéal pour votre musique…
Alors le clip a été tourné dans le mausolée d’Emanuel Vigeland (le frère de Gustav Vigeland) à Oslo, en août 2023, dont l’ensemble de l’art représenté dans ce mausolée est dédié à la vie humaine de la conception à la mort. Il constitue la propre chambre funéraire de l’artiste. Un choix parfait pour ma musique. Une pièce sombre voûtée en berceau entièrement recouverte de fresques. C’est un musée aujourd’hui. Une perle sombre cachée. Je suis très honoré que nous ayons eu la chance d’enregistrer dans ce cadre.
Par hasard, avez-vous écouté le dernier album de My Dying Bride, A Mortal Blinding ? On dirait que vous êtes comme des cousins en quelque sorte sur la scène gothic/doom metal lyrique, si je puis dire, car ils utilisent aussi parfois le violon dans leurs chansons depuis longtemps et une dramaturgie lyrique assez proche de Funeral ?
On nous a toujours comparés à ce groupe, c’est vrai, et on est aussi contemporain faut dire. Et je prends ça comme un compliment. Je pense qu’ils sont géniaux. Cependant, je pense que Funeral est beaucoup plus heavy, et s’appuie beaucoup plus sur une approche de musique classique. Sur Gospel of Bones, nous avons des cordes dans toutes les chansons de l’album, et nous construisons de grandes sections de cordes multicouches sur toutes les pistes, un peu comme un orchestre. Sareeta a d’ailleurs enregistré jusqu’à trente morceaux ici et là, jouant également de la contrebasse, de l’alto et du violoncelle.

De nos jours, le doom et le gothic metal ne sont plus aussi à la mode et écoutés que dans les années 90, à l’époque du succès de groupes comme Theatre Of Tragedy, Tristania, Fields Of The Nephilim (tous norvégiens comme vous), Tristitia, Type O Negative, ou donc My Dying Bride et bien sûr Paradise Lost… Qu’en penses-tu ? Tu t’en fiches et tu te concentres sur ta propre musique et sur ce qui te fait du bien, peut-être parce que la musique est essentielle pour toi, telle une catharsis spirituelle ?
En fait, je ne me suis jamais soucié des tendances ou des genres, vraiment. J’écris essentiellement de la musique pour me faire plaisir, et c’est un bonus si les autres l’apprécient. Donc oui en effet, la musique est essentielle pour moi et est définitivement une façon de refléter des émotions mélancoliques.
Enfin, quels sont les projets maintenant pour Funeral jusqu’à la fin de l’année ? Peut-on espérer vous voir en live en France ? Funeral est-il un groupe live qui a l’habitude de tourner et de se produire sur scène ou préfères-tu les enregistrements en studio ou à la maison ? (Ndlr : entretien réalisé en juillet 2024)
Nous jouerons au Pannonian Rock Festival en Croatie le 15 août 2024. Nous organiserons également une soirée de lancement à Oslo en octobre/novembre 2025. Nous sommes définitivement un groupe live et espérons jouer beaucoup plus souvent à l’étranger. Le temps nous le dira. Nous faisions auparavant de petites tournées en Europe, mais depuis le covid, c’est devenu beaucoup plus difficile, en ce qui concerne les frais de voyage et l’inflation en général. Tout est malheureusement beaucoup plus cher. Et être un petit groupe comme nous rend cela très exigeant…
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