GAEREA : Coma

Coma - GAEREA
GAEREA
Coma
New black metal
Season of Mist

On connait tous la théorie de l’évolution ? Eh bien, Gaerea n’échappe à la règle en tant qu’artiste ! En cette année 2024, Coma laisse entrevoir une certaine mutation chez le combo lusitanien. Enfin, lusitanien, plus tant que ça… Son leader, principal compositeur, et chanteur cagoulé, Guilherme Henriques (chut ! Il ne faut pas le dire, c’est top secret, paraît-il ?) ne l’est plus vraiment car il a quitté Porto pour immigrer aux Pays-Bas, en profitant pour composer ce nouvel et quatrième opus de Gaerea, le reste des membres restant au Portugal. Mais voilà, tout le monde n’appréciera peut-être pas cette évolution musicale, plus mélodique et peut-être plus formatée aussi, catchy, afin d’adhérer plus rapidement au new black metal du quintet lusitanien. Oui, disons-le tout net, on est plus ici dans un nouveau style de black metal, moderne, mais pas tout à fait non plus post black metal comme c’est monnaie courante de nos jours en France, en Europe et un peu partout dans le monde, étant donné que la recherche d’ambiance est là, oui, avec des influences plus nuancées et progressives, parfois même à la limite du metalcore aussi (« Kingdom of Thorns »), mais sans tomber dans les délires ou travers du post black metal à la mode avec des influences hardcore ou sludge. Non. Et l’eau nous avait été mis à la bouche dès le single paru en avril dernier, intitulé « World Ablaze ». Cette chanson plus mélodique et formatée s’avérait relativement accessible, proposant des sonorités aussi plus modernes, presque metalcore. Attention, on a dit « presque »… Mais voilà ce n’était qu’un single. Et ce qui se dégage de l’album Coma, c’est ce côté plus aérien, plus mélodieux et par conséquent plus accessible, avec un son plus doux, plus rond, avec un gros travail sur les mélodies de guitares. L’apport de la nouvelle et redoutable guitariste néerlandaise Sonja Schuringa (ex-Dictated), d’abord live et à présent studio, n’y est certainement pas étranger…

Mais résumer Coma à ce single serait toutefois une erreur, car il de nombreuses subtilités regorgent ici et se découvrent tout au long de l’écoute ce nouvel album riche et superbement arrangé, peut-être un peu trop. Dans tous les cas, on sent que Guilherme a bossé dur dessus, composant toutes les parties instrumentales, et s’assurant du chant, qui plus est. Il a clairement donné de la personne, ce qui expliquera les difficultés à joindre le bonhomme pour la promotion, outre son installation personnelle en Hollande, et un concert du groupe en Grèce capté début septembre. Entre-temps, il a fallu depuis reprendre des forces, digérer tout ce travail en amont de composition, et d’écriture, et d’enregistrement aux Redbox Studios à Belfast (Irlande du Nord). Mais cela en valait la peine car Coma est un bon disque, dans la lignée de son prédécesseur et très bon Mirage, mais avec une certaine maturité en plus, provoquant cette explosion artistique aujourd’hui. Le chanteur et principal compositeur de Gaerea aime ainsi jouer avec nos émotions dans ce voyage spirituel qui semble avoir été un voyage cathartique pour l’artiste portugais. Que l’on soit suspendu aux mélodies aériennes grâce aux arpèges simples mais efficaces (l’intro d’ouverture de « The Poet’s Ballet », « Suspended ») qui font du bien dans ce tumulte noir et très heavy (la captivante chanson-titre « Coma »), ou que l’on préfère les attaques plus radicales et viscérales sous fond de blast beats (« Hope Shatters »), chacun s’y retrouvera car Coma est davantage varié que Limbo ou Mirage. Un soin particulier a été apporté ici pour apporter plus de diversités, de contraste, et d’émotions, même si cela reste globalement sombre et menaçant (« Reborn »). Et la mélancolie prend souvent le pas sur la fureur (« Wilted Flower », « Shapeshifter », « Unknown »).

Mixé et masterisé une nouvelle fois au Portugal aux Demigod Studios par Miguel Tereso, ce Coma est assurément l’album le plus accessible des Portugais à ce jour, leur ouvrant le champ des possibles pour toucher un public plus large même si ce n’est pas non plus à mettre entre toutes les oreilles. Les personnes recherchant un black metal plus moderne et mélodieux seront comblées, les autres y trouveront quelques bonnes choses mais pas le salut. Côté live, nous sommes impatiens de revoir le quintet car généralement leurs shows sont de qualité. Alors nul doute que ces dix nouvelles chansons prendront une dimension supérieur, son chanteur donnant tout sur scène et se mouvant avec rage. [Seigneur Fred]

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