Quand débarqua en 1991 Dawn of Possession sur les platines des fans de metal extrême du monde entier, ceux-ci ajoutèrent, en compagnie des légendaires Suffocation, New York et la côte est américaine sur la carte de la brutalité death metal après avoir épinglé la Floride, la Suède et l’Angleterre. Prélude à une vague qui n’épargnerait aucun pays, aucune région, Immolation montra alors que l’on pouvait faire du death metal en s’éloignant de ses épicentres. Et tous ceux qui ont eu la chance, une fois au moins, de les voir en live à l’époque – votre serviteur en faisant partie – ne sont vraiment jamais remis de la puissance déployée des titres sur scène et de l’hallucinant charisme de Ross Nolan, son impressionnant bassiste/chanteur ! Avec leur douzième méfait studio, Descent, le quatuor de Yonkers ajoute donc une pièce de choix à son impressionnant tableau, une nouvelle collection de titres à la fois technique et brutaux, pour une durée de quarante-deux minutes de pur death metal sans concession. Comme à l’accoutumée, le guitariste Robert Vigna et son comparse depuis 2016 Alex Bouks (ex-Incantation), les deux gratteux, mettent leur virtuosité au service de la musique sans donner l’impression de l’étaler ou de faire dans la démonstration, tant les compositions semblent couler de source ici, leurs soli s’intégrant parfaitement à l’ensemble. Il est vrai que porté par les nombreux blasts ou les passages mid tempo de Steve Shalaty, les morceaux sont taillés pour matraquer l’auditeur ! « The Ephemeral Curse » en est le parfait exemple, alternant les ambiances caverneuses et ne laissant que peu de répit à celui qui osera l’écouter. « God’s Last Breath » se veut dans la même veine : Immolation commence par nous marteler les tempes sur un tempo très lourd avant de se lancer dans une cavalcade effrénée qui laisse épuisé l’auditeur. Côté prise de risque et originalité : c’est le néant, Immolation faisant du Immolation. Point.
Sans réelle surprise, la musique est sublimée par le chant caverneux de Ross, un chant gras, grave, tout droit sorti d’outre-tombe, que l’on pourrait quasiment qualifier de « classique » tant il a inspiré des vocalistes de ce style extrême. Quand on sait que le bougre s’occupe également de la basse – un peu en retrait sur le mixage cependant si on excepte quelques moments comme sur le single « Attrition » – on ne peut que louer son implication totale dans Immolation depuis ses débuts. L’album va se terminer sur deux titres à l’exact opposé : « Banished » et ses mélodies délicates, portées par des nappes discrètes puis « Descent » qui résume tout ce que l’on vient d’entendre en quasi 6 minutes, du pur Immolation et sans doute un sommet de ce disque dénué de surprise mais qui ne compte aucun morceau faible. Alors, on peut rétorquer que le quatuor ne prend pas forcément de risque depuis déjà quelques années, voire décennies, se contentant de donner à son public ce qu’il est venu chercher après tout. Mais ce serait réducteur, et on peut plutôt y voir le respect donné à des fans qui les soutiennent, malgré les passages à vide du style à la fin des années 90.
Contrairement à son prédécesseur tout aussi correct Acts of Gods en 2022, alors produit par Paul Orofino et mixé par Zack Ohren, Descent est totalement produit, mixé et masterisé par Zack Ohren, qui a parfaitement su capturer l’esprit « old school » tout de la formation, et illustré par Eliran Kantor. Omniprésent dans l’esthétique metal de ces dernières années, l’artiste israélien (qui vit en Allemagne) a signé des dizaines de pochettes de metal depuis des années – les dernières en date étant celle de Parabellum de Testament ou de Giants and Monsters d’Helloween ou nos compatriotes de Loudblast avec Manifesto – met son style inimitable au service d’une superbe peinture dans la droite lignée blasphématoire que suit Immolation depuis ses débuts. Car si Dolan se défend de refuser aux gens leur liberté religieuse, il entend combattre les tendances fanatiques qu’elles peuvent engendrer.
Pour promouvoir l’album, Robert Vigna a également dirigé le clip « Attrition » , une sombre alternance de plans du groupe interprétant le titre et d’images dont la violence ne laisse aucun doute sur l’orientation malsaine des textes. Trente-cinq ans plus tard, les New Yorkais de Yonkers n’ont pas baissé leur garde, n’ont pas renié leurs racines, n’ont fait aucun compromis ! Immolation reste ancré dans le death metal pur et dur , Ross Dolan et Robert Vigna sont toujours présents depuis quatre décennies pour briser des nuques et distiller la bonne parole métallique ! Immolation est peut être la preuve qu’on peut être et avoir été !
Tournant actuellement avec Marduk et Mayhem, Immolation n’a pas pu répondre à nos questions habituelles. Mais nul doute qu’ils enflammeront prochainement les scènes du continent américain avec Behemoth, Rotting Christ et Deicide ! Bref, que des enfants de chœur ! Une belle brochette de vétérans à l’affiche de ces tournées qui fleurent bon les années 90 et qui ne peuvent que ravir les bourrins que nous sommes ! [Dave Saint Amour]

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