Alors que l’album Hinsides Vrede marquait le retour tant attendu de Mörk Gryning et constituait encore un nouveau petit chef d’œuvre à peine digéré depuis 2020, atteignant des sommets en matière de black metal scandinave mélodique pour un groupe sur le retour, la formation culte de Stockholm récidive déjà avec Fasornas Tid. Bien sûr, nous n’allons pas là bouder notre plaisir, et visiblement les Suédois ont décidé de battre le fer tant qu’il est chaud, forts de leur contrat discographique actuel avec le label français Season of Mist. Mais voilà, comment faire encore mieux que sur Hinsides Vrede ou Tusen år har gått… (1995) en 2024 ? C’est un peu la question que nous avons osé poser à son guitariste/chanteur Draakh Kimera à travers notre entretien rare en vidéo (voir en bas de cette chronique), lui qui n’avait pas donné d’interview depuis huit ans, son collègue Goth Gorgon s’en étant chargé entre-temps pour nous. Il faut savoir que ce genre d’artistes de black metal préfèrent généralement rester dans l’ombre et faire parler leur musique, plutôt que de parler sur YouTube de leur musique. Mais il a accepté et nous remercions donc encore Peter Nagy-Eklöf alias « Draakh Kimera » ! Revenons à ce Fasornas Tid qui signifie en suédois, quelque chose comme « le temps des horreurs ». Alors si le premier single de la chanson-titre donne le ton avec un black metal classique d’obédience typiquement scandinave, précisément suédois, et sa mélodie aux légères nappes de claviers, il faut bien avouer que c’est relativement convenu, voire même formaté (sa durée de 3’36), avec un couplet/refrain, et un break intéressant. Côté ambiance, la magie noire semble prédominer ici et l’occultisme. Du classique donc mais moins surprenant et frais que leur album du retour Hinsides Vrede. Ne nous arrêtons cependant pas à là.
S’il l’on retrouve dès l’ouverture de l’album ses magnifiques guitares acoustiques jouées sur guitare classique là encore comme dans le passé, très vite il y a ces riffs et mélodies qui fourmillent d’idées et de talent dont on aurait eu tort de se priver en 2024, comme sur « The Seer », évoquant au passage leurs regrettés compatriotes de Dissection, ou l’excellent « Tornet » au riffing là encore incisif et inspiré. Les compositions sont dynamiques, et l’alternance des chants partagés entre Goth Gorgon et Draakh Kimera apporte ce dynamisme. Des breaks puissants surviennent, pas toujours au moment où l’on s’y attend, et une atmosphère épique prédomine alors (« Before the Crows Have Their Feast », « Savage Messiah »). Des morceaux plus basiques font leur effet aussi, mais ça sent un peu le réchauffé (« Fasornas Tid », « Black Angel »…). Les amateurs de guitare classique apprécieront l’interlude un peu tardif « Barren Paths », chose que Mörk Gryning utilise avec toujours parcimonie, avant de laisser place au féroce « The Serpent’s Kiss » (doté d’un superbe solo de guitare) puis aux plus brutaux encore « Det Svarta » (avec ses chœurs à la Ihsahn/Emperor) et « Age of Fire » (d’une vélocité impressionnante). Au final Fasornas Tid est bon, mais inférieur tout de même à son prédécesseur. Aussi, il a l’étrange sensation de sonner un peu comme l’album que Dissection aurait pu ou dû publier à la place de Reinkaos en 2006. Dans tous les cas, ce septième méfait de Mörk Gryning demeure bien en dessus de ce que nous livre dorénavant la Scandinavie en matière de black metal mélodique depuis quelques années. Avec en parallèle l’autre projet plus moderne death/thrash metal This Ending, on ‘attend plus qu’un nouvel opus d’A Canorous Quintet et ce sera parfait, mais d’après Draakh Kimera, ce n’est pas à l’ordre du jour… [Seigneur Fred]
->> Retrouvez notre nouvel entretien rare et exceptionnel de MÖRK GRYNING avec cette fois le guitariste/chanteur Draakh Kimera ci-après en vidéo :
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