ROB ZOMBIE : The Great Satan

The Great Satan - ROB ZOMBIE
ROB ZOMBIE
The Great Satan
Horror metal/indus
Nuclear Blast

Hasard de circonstance dans le calendrier des conflits économico-géopolitiques internationaux, Monsieur Rob ZOMBIE revient nous hanter avec The Great Satan qui arrive comme un cheveu sur la soupe à vrai dire en ces temps sombres, à ne pas confondre cependant avec le brûlot du même nom signé du combo britannico-iranien TRIVAX (chronique & interview ici) l’an passé. Et connaissant l’artiste américain, nul doute que ce nom ait été choisi sur un coup de tête car il accorde toujours une grande importance à chacun de ses titres, même ceux uniquement composés de dialogues comme dans le passé avec « Call of the Zombie » ou « The Beginning of the End » par exemple sur Hellbilly Deluxe (1998). Chaque album tourne en général autour d’un concept et est ordonné comme un film d’horreur (car pour rappel, il est aussi réalisateur et scénariste de cinéma). On retrouve toujours une intro et une fin, commençant et se terminant par des dialogues tirés de films d’horreur ou d’ambiances effrayantes, entrecoupés d’autres effets sonores… Sauf que dans le genre metal indus contemporain visant l’ordre établi au pays de l’Oncle Sam et les politiques américains, cela a déjà fait. En effet, comment ne pas penser ici à Al Jourgensen avec MINISTRY qui visa directement le président George W. Bush à travers sa série de pamphlets musicaux durant la période 2006-2007 ? Vingt ans après ces attaques de MINISTRY, Rob ZOMBIE s’en prend aujourd’hui à l’Amérique d’aujourd’hui mais commence par remonter le passé. Dès le premier morceau « F.T.W. 84 », c’est heavy et rythmé à souhait, et les zicos Mike Riggs (ex-PRONG) et le fidèle Rob « Blasko » Nicholson (ZAKK SABBATH, OZZY OSBOURNE…) envoient la sauce alors que l’ex-batteur de MARYLIN MANSON, Franck Kenny Wilson (aka Ginger Fish), frappe ses fûts comme un diable/robot mécanique… Assurément l’un des singles forts de The Great Satan. Pour le vidéo clip capté en noir & blanc (comme tous les autres issus du nouvel opus), on est dans le sale et le roots, et le break final et les claviers accentuent cette noirceur…

Sur « Tarantula », la cadence s’accentue, avec un peu de double pédale par moment, et des riffs appuyés par cette rythmique groovy, truffés de quelques breaks et licks bien sentis, c’est bon. Les fans communs de ROB ZOMBIE et STATIC-X (nous les premiers) se régaleront. Puis on part sur le dance floor pour une soirée indus/gothic avec le dansant « (I’m a) Rock « N » Roller », dont le refrain n’est pas sans nous rappeler sans équivoque le meilleur d’Astro Creep 2000 de WHITE ZOMBIE, ce qui ne nous rajeunit pas. Mais comme quoi, la musique de n’a pas pris une ride, et reste diablement efficace et finalement indémodable, sauf que question choc visuel, aujourd’hui il nous en faut plus, la banalisation de l’image par internet étant passé par là. Puis « Heathen Days » remet le couvert sur un riff plus incisif et un tempo plus direct. Là encore, ROB ZOMBIE fait mouche, et l’influence du MINISTRY période post Psalm 69 est palpable, même si Monsieur Robert Bartleh Cummings a développé parallèlement, et ce, depuis longtemps, son propre style musical et artistique, bien entendu. Un petit interlude survient dans ce théâtre volontairement kitsch et décadent avec « Who Am I ? », qui laisse place au plaisant « Black Rat Coffin » dont le mid tempo séduira les fans de rock/metal indus grand public.

Plus lent, « Sir Lord Acid Wolfman » s’avère plus intéressant qu’il n’y paraît, avec ses effets de guitares à la Tom Morello (RATM, AUDIOSLAVE) et son refrain lancinant, avant que le metal indus frontal et froid comme l’acier revienne au galop sur « Punks and Demons », entre un vieux PRONG (la présence du guitariste Mike Riggs (ex-PRONG) n’est pas innocente) et un vieux MINISTRY. « The Devil Man » nous renvoie à l’époque de WHITE ZOMBIE une nouvelle fois, ce qui n’est pas déplaisant, avant « Out of Sight » laisse vrombir la basse de Blasko bourrée d’effet, rappelant le heavy metal moderne qu’interprète le duo (interview 2025 ici). Bon, ce huitième album étant généreux (15 morceaux au total !) comme dans le bon vieux temps (généralement les albums excèdent rarement 10 pistes de nos jours), on vous laisse découvrir la fin de ce brûlot très convaincant et pas dépassé pour autant en matière de horror metal indus. On vous recommandera le furtif « The Black Scorpion », « Unclean Animals » avec son relent électro/pop des années 1990 à la « Spaceman » de BABYLON ZOO (la génération d’ados de cette époque comprendra), ou encore les deux interludes sous forme de narration ou passages instrumentaux mystérieux, entre un disque d’AYREON qui déraillerait et un film d’horreur des années 80… C’est « Grave Discontent » qui conclut l’histoire…

Alors plus que jamais aujourd’hui dans notre monde déchiré par la guerre et alors qu’on s’envoie en l’air pour aller admirer d’un peu plus près la Lune histoire de fuir notre civilisation décadente, The Great Satan fait écho et risque d’éveiller un peu plus les consciences de ses propres concitoyens américains. Et en choisissant soigneusement ce surnom injurieux utilisé par l’Iran et des organisations jihadistes pour se référer aux États-Unis et à leurs alliés, dans une rhétorique de diabolisation de l’ennemi, notre chanteur chevelu et barbu frappe encore fort, six ans après The Lunar Injection Kool Aid Eclipse Conspiracy… Mais voilà, le temps passe, et même si l’ex-frontman de WHITE ZOMBIE n’est plus à son apogée non plus, ce huitième missile habilement composé et écrit par Rob ZOMBIE atteint sa cible avec son mélange contagieux d’horror metal, shock rock, et sonorités indus. Et comme en live, à l’instar d’ALICE COOPER qui a tout inventé en la matière bien avant lui, on se dit quand même que les shows de ROB ZOMBIE seront à ne pas louper prochainement en France, (même si tout est rodé et sans réelle surprise généralement). Et là, on se dit que The Great Satan sera encore plus génial à écouter en live ! [Seigneur Fred]

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