Pour le précédent album Coma en 2024, nous avions déjà perçu la genèse d’une mutation artistique lors de notre entretien avec son mystérieux leader cagoulé dont nous terrons l’identité aujourd’hui (lire notre entretien : https://metalobs.com/gaerea-evolution-ou-elevation-spirituelle/). On sentait que quelque chose était sous-jacent et avait changé, une opération du saint esprit, telle une intervention divine, avait alors eu lieu ou était sur le point de se produire… Aujourd’hui, voilà le résultat. Celui-ci se nomme tout simplement Loss.
Et cette transformation débute par un « Luminary » au titre évocateur. Le son est énormissime, le refrain entêtant et les orchestrations tout simplement majuscules. Comme si le groupe d’origine portugais (relocalisé à présent aux Pays-Bas) avait décidé de lorgner vers le metalcore moderne en n’en prenant que le meilleur ! On enchaîne alors avec le single « Submerged » et son superbe vidéo clip paru il y a déjà quelques mois et qui fit son petit effet. La brutalité reste, bien sûr, de mise, mais les parties calmes, instrumentales ou accompagnées de chant clair, magnifient le morceau. Les musiciens et le chanteur ont décidé de développer les mélodies et les atmosphères. En 2026, GAEREA prend tout simplement le temps de respirer, derrière ses masques. Nous voilà face à une déferlantes d’émotions diverses, et à ce stade, on se sent déjà « submergé » justement par la puissance déployée rien qu’à travers ces deux premiers solides et étonnants morceaux !
Après cette tempête sonore, le combo portugo-néerlandais change de décor visuel pour nous emmener sur des contrées désertiques avec « Hellbound ». On se retrouve encore une fois subjugué par la puissance du son, les mélodies sont justes parfaites, les guitares au son clean tout bonnement magnifiques, alors que le chant hurlé majoritairement demeure, notamment en fin de cet autre single. C’est une réelle satisfaction. Et on sent que Guilherme donne tout ce qu’il a et a énormément travaillé sa voix claire.
« Uncontrolled » reste, quant à lui, dans la même veine. GAEREA continue ainsi de jouer avec nos émotions sur ce titre et ce n’est pas « Phoenix » qui ralentira la cadence. Les guitares tantôt cristallines, tantôt acérées, sont superbement accompagnées par un jeu de batterie dément et un fond sonore aux petits oignons. Encore une fois, le court moment d’accalmie en fin de morceau va laisser place à un imposant et magnifique climax… Si leurs fans de la première heure, adeptes d’un black metal noir et rageux, seront surpris, cela ouvrira les chakras de certains, d’autres délaisseront le groupe, mais ça, GAEREA s’en moque bien, la création artistique et le côté cathartique étant essentiels pour son leader, principal compositeur des chansons chez GAEREA pour rappel. Néanmoins, Loss risque clairement d’attirer un autre public, plus ouvert, plus mainstream aussi, plus branché post metal et metalcore. Et alors, où est le mal ? Comme on vous le disez précédemment, et ce n’est pas fini sur Loss, GAEREA possède désormais un nouveau visage.
Tel le « Phoenix », il renaît de ses cendres. Puis le début en chant clair de « Cyclone » nous permet de reprendre notre souffle, et étonnement ce morceau apparaîtra comme le plus « calme » de l’album malgré son titre, suivi pour l’occasion par la curiosité nommée « LBRNTH », chanson électro ambiante et reposante avec voix féminine en écho… Sans doute pour mieux laisse place à l’énorme « Nomad » et son atmosphère glaciale (cf. le vidéo clip) qui reprend tous les (nouveaux) ingrédients jusqu’à là utilisés par les Portugais… en mieux !
Loss se termine alors par « Stardust », chanson la plus longue, l’ambiance se veut d’abord intimiste (comme le générique de fin d’un bon mélo) pendant deux bonnes minutes, puis le côté brutal du groupe reprend le dessus, tout de même en alternance avec des parties en chant clair, vite rattrapées par une courte échappée.. .électro ! C’est ne qu’ensuite que le morceau continue à gagner en ampleur, pour ensuite finir comme il avait commencé, ouf ! GAEREA livre ici peut-être un nouveau chef d’œuvre, loin de Limbo ou Coma (quoique pour ce dernier) en mêlant sans a priori à la fois des sonorités modernes, mélodies et refrains accrocheurs ainsi que chants habités, sans pour autant perdre en férocité et puissance. Le tout en soignant énormément l’esthétique visuelle qui accompagne sa musique. Comme on vous le disait, le visage de GAEREA a changé derrière sa cagoule.
Alors on comprendra que cette mue opérée par le quintette lusitanien puisse rebuter les fans de la première heure, mais force est de constater que le changement de cap orchestré ici est une belle réussite, plutôt osée, et ça n’a pas toujours été le cas dans la sphère des musiques extrêmes à quelques exceptions près… (exemples : IHSAHN, SATYRICON, ou bien leurs compatriotes et amis de MOONSPELL qui osèrent totalement sur Sin Pecado, puis l’électro/indus The Buttefly Effect). Alors juste un mot : bravo ! [Seigneur Fred & Norman « Sargento » Garcia »]

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