AGATHODAIMON : The Seven

AGATHODAIMON
The Seven
Dark/Black Metal mélodique
Napalm Records

Nos Allemands d’Agathodaimon n’ont pas eu de chance, il faut dire, et font enfin leur come-back discographique avec The Seven après leur annonce de reformation ratée en février 2020, en plein début de pandémie de covid-19. Et le moins que l’on puisse dire est que le quintet de Mayence (land de Rhénanie-Palatinat) a eu le temps de recharger les batteries de son dark/black metal, autrefois qualifié de quelque peu avant-gardiste et à tendance gothic, depuis son split en 2014. Nous étions restés à l’album In Darkness qui s’était pourtant avéré plutôt correct à l’époque. Mais Sathonys, principal compositeur, guitariste et l’un des deux chanteurs, avait préféré mettre en veille son groupe, plutôt que de continuer et de faire les choses à moitié en ne se consacrant pas pleinement à sa musique. A l’écoute de la chanson « La Haine » (et non du film), premier titre musclé en ouverture de ce septième acte studio, grand bien lui a pris car nos cinq musiciens rassemblés (avec une majorité de nouvelles recrues dont la section rythmique) ont vraiment la haine justement. Les screams sauvages d’Ashtrael (dernier chanteur en date avant le split) vous clouent littéralement au mur, réveillant Angela Merkel dans sa retraite, et les riffs de guitares de la paire Sathonys/Nakhateth s’avèrent particulièrement tranchants ! Pas de quartier, la formation d’outre-Rhin a décidé de prendre le diable par les cornes. Attention, pour autant les breaks, passages plus mélodieux (comme sur le superbe refrain de « Wolf Within »), et une belle diversité vocale ponctuent toujours la recette d’Agathodaimon. La basse de Von Yanesh est particulièrement mise en avant sur le pont. Le second morceau de The Seven est du même acabit et constitue d’ailleurs le premier single avec un vidéo clip à l’ambiance particulièrement dark et sanglante. Clairement, Agathodaimon joue la carte extrême et rentre-dedans, les atmosphères gothic étant plus diluées et subtiles. Il peut donc rivaliser de nouveau auprès des ténors du genre de la scène européenne, se plaçant directement par exemple au côté du dernier album de Dark Funeral We Are The Apocalypse par exemple (chronique et interview de Dark Funeral à retrouver ici).

Mais résumer The Seven seulement à cette nouvelle vague d’agressivité en 2022 de la part de nos cinq coupables serait une erreur. Si « Wolf Within » prend en effet encore le même chemin au départ, le développement mélodique et atmosphérique avec des refrains très travaillés (limite à la Cradle Of Filth) et des claviers plus discrets que par le passé, font vite mouche et l’on retrouve l’approche qu’avait Agathodaimon dans le passé sur ses albums cultes Blacken The Angel, ou In Darkness, sans pour autant s’éparpiller dans des digressions parfois malencontreuses ou trop avant-gardistes (des leçons de Higher Art Of Rebellion ont été tirées même si ce dernier demeure un album important et intéressant dans la discographie du combo allemand). Le meilleur exemple du nouvel album serait probablement « Ghosts of Greed », une chanson profonde, atmosphérique, avec un chant clair de Sathonys, quelque part entre Dave Gahan (Depeche Mode) et Fernando Ribeiro (Moonspell), sur des guitares mélodieuses et groovy à tomber.

Bien sûr, les stigmates du black metal sont omniprésents car Agathodaimon, rappelons-le, est né de cette scène black allemande à l’époque des Mephistopheless, Secrets of The Moon, mais avec déjà sa propre personnalité. Aujourd’hui, ses racines n’ont peut-être jamais été autant sublimées (« Mother of All Gods », « Wolf Within »). Des morceaux comme « Estrangement », ou le diptyque « In My Dreams », ou « Ghosts of Greed » évoqué précédemment, revêtent un caractère véritablement épique. Tout est ici maîtrisé, puissamment mis en son par l’incontournable Kristian “Kohle” Bonifer (Aborted, Powerwolf, Benighted…) dans son Kohlekeller Studio non loin de la frontière franco-allemande. D’ailleurs, un habitué de ses lieux avec son groupe, notre ami stéphanois Julien Truchan (chanteur de Benighted à ses heures perdues), apparaît en guest vocal pour un des growls intenses au côté d’Ashtrael sur le titre « Kyrie – Gloria » pour un résultat profond et singulier. Vous l’aurez donc compris, Agathodaimon est en pleine forme, et effectue un retour fracassant sur The Seven, un septième péché capital de dark/black mélodique qui ravira les fans d’un genre quelque peu passé de mode dernièrement, (qu’importe pourvu que l’on ait l’ivresse !), mais comblera aussi la curiosité des néophytes grâce à un album assez accessible, à la fois violent et subtil, riche en émotions. [Seigneur Fred]

=> Interview du guitariste/chanteur Sathonys d’AGATHODAIMON à retrouver ici !

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