D’Amorphis, on retient souvent Tales From The Thousand Lakes, chef d’œuvre absolu qui leur ouvrit les portes du monde professionnel de la musique. Ce second LP était le prolongement de leur déjà magnifique premier essai, The Karelian Isthmus mais surtout, il s’éloignait déjà énormément de leurs démos (Disment of Souls). Le combo de Helsinki ayant horreur de faire du sur place, Elegy confirma dès 1996 ce besoin naturel d’évoluer et de faire bouger les lignes, d’inclure des éléments folk et prog’ à leur son. En résulta pléthore d’albums d’excellentes factures aux mélodies extrêmement travaillées, tout en gardant un pied ferme sur la scène death metal qui les vit naître. Trois ans après le correct Halo, Amorphis propose à nouveau sur son quinzième album Borderland cette dualité entre death metal mélodique et progressif avec toujours cette générosité et cette mélancolie propre aux formations scandinaves, mixant les guitares saturées et celles acoustiques, avec des synthés aux sonorités seventies, comme nous l’a expliqué avec calme l’un de ses guitaristes et membres fondateurs que nous avions croisé il y a à peine deux ans pour son autre joli projet solo Bjørkø. [Entretien réalisé par Zoom avec Tomi Koivusaari (guitare) par Seigneur Fred – Photos : DR]
->> Single « Dancing Shadow » par AMORPHIS, extrait de l’album Borderland (Reigning Phoenix Music)
Au début des années 1990, la Finlande fut balayée, comme toute la planète, par la vague death metal. Dans tous le pays, de jeunes musiciens voulaient faire une musique plus extrême que le speed ou le thrash metal, alors à leur apogée, de leurs ainés. Xysma, Purtenance , Funebre, Disgrace, Abhorrence, Demigod, Demilich, God Forsaken, Sentenced, et Amorphis, pour ne citer qu’eux, sortirent alors des démos et des albums de légende dès leurs débuts, parfois sur des labels douteux comme Seraphic Decay Records ou d’autres bien plus sérieux comme Relapse Records, Thrash Records, ou Adipocère Records (cocorico !). Mais cette scène musicale ne résista pas au désamour que subit le style au milieu de cette décennie, balayée à la fois par le rock grunge et le black metal… Seuls quelques-uns subsistèrent comme Sentenced et Amorphis pour le cas présent. Mais ces formations ayant horreur de se répéter, elles modifièrent rapidement leur musique et l’enrichirent avec d’autres influences (gothic, progressif, black, doom…) ou d’autres thèmes, et y incluant bien plus de mélodies… D’Amorphis, on retient souvent Tales from the Thousand Lakes, chef d’œuvre absolu qui leur ouvrit les portes du monde professionnel de la musique. Ce second LP était le prolongement de leur déjà magnifique premier essai, The Karelian Isthmus mais surtout, il s’éloignait déjà énormément de leurs démos (Disment of Souls). Amorphis ayant horreur de faire du sur place, Elegy confirma ce besoin de faire bouger les lignes, d’inclure des éléments folk et prog’ à leur son. Les modes passent, mais aujourd’hui, Amorphis est toujours là !
Alors pourquoi cette longue introduction ? Simplement parce que depuis pas mal de temps, Amorphis a trouvé sa formule et ne la modifie guère plus. L’arrivée du chanteur Tomi Joutsen au micro en 2006 sur l’album Eclipse leur procura une nouvelle identité musicale plus versatile, et depuis, le groupe finnois offre à son public des disques généreux, bien produits, bourrés d’excellents titres et où les claviers se font souvent la part belle. La mélodie est le maître mot, que cela soit au niveau des guitares, des synthés ou du chant, alternance de phrasés clairs, de passages growlés, souvent dans la même chanson.
Aujourd’hui, sur leur quinzième effort Borderland (un titre qui peut évoquer ce que l’on trouverait derrière l’ultime frontière de la Finlande, celle de notre mort…), Amorphis propose à nouveau cette dualité entre death metal mélodique et progressif avec toujours cette mélancolie propre aux formations scandinaves, mixant les guitares saturées et celles acoustiques, démarrant quasiment tous les titres aux synthés. « The Lantern » constitue un merveilleux exemple de cette union, rassemblant tous les aspects opposés de sa musique : une douce intro , une montée en puissance progressive suivi d’un déferlement mélodeath. Amorphis se permet même une quasi balade « The Tempest », d’une puissance émotionnelle rare. A l’inverse, le nouveau single « Fog to Fog » se permet des accents folks saturés par les guitares, un chant plus agressif et des nappes de claviers d’obédience seventies, fleurant bon les expérimentations de The Doors (nos Finlandais avaient déjà repris « Light My Fire » sur Tales…).
Alors oui, on peut regretter que la furie death metal des débuts se soit diluée avec le temps dans une musique plus accessible depuis déjà plusieurs albums, mais si on écoute attentivement les dernières sorties d’Amorphis, que cela soit Halo, Under the Red Cloud ou The Beginning of Time, on se rend compte que leur musique actuelle était en gestation dès 1994 et leur chef d’oeuvreTales from the Thousand Lakes, le sextet d’Helsinki se refusant de se reposer uniquement sur sa brutalité d’antan. En 2025, des titres comme « Light and Shadow » (qui a fait l’objet d’un clip plutôt sympathique), « Despair » ou « The Tempest » donnent toute la mesure et le potentiel d’artistes qui ont trouvé leur voie depuis longtemps, qui se refuse peut être à (re)prendre des risques et encore d’évoluer, mais est-ce que l’on accepterait une évolution pour un titan tel qu’AC/DC ou Metallica ? Non répondraient les fans, alors pourquoi devrait-on le reprocher à Amorphis à présent ? Car au delà de cette apparence immobilité, les albums sont néanmoins tous d’excellente facture, que cela soit au niveau de la musique ou des textes, toujours écrits par l’écrivain et sculpteur Pekka Kainulainen, et d’une grande qualité sonore, s’éloignant évidemment des clichés du metal extrême. Portant une importance aux paroles justement, ceux d’Amorphis sont des portes vers d’autres mondes, parfois nimbés de mystère mais toujours passionnants à lire. Notons que le digipack de l’édition collector propose deux titres supplémentaires : « Par Band » et « Rowan and the Cloud », deux morceaux qui auraient eu largement leur place sans souci dans la track-list de l’édition normale. Quant à l’artwork, cette figure du cygne colle parfaitement avec l’image du groupe : celle d’un animal « disgracieux » dans sa prime enfance (pensez au conte Le vilain petit canard) et qui en grandissant devient un oiseau majestueux (pour plus d’informations sur l’artwork et sa symbolique, n’hésitez pas à visionner notre interview du guitariste). Et typiquement, il s’agit du genre de pochette qui donne envie de se procurer la version vinyle 33T pour en admirer tous les détails…
Alors OK, Amorphis ne publie peut être pas LE disque de cette rentrée (Ascension de Paradise Lost est clairement le must have de cette deuxième partie de 2025), mais en l’état, il ne pourra que plaire aux nombreux fans du célèbre groupe finlandais, en sachant à quoi s’attendre ne pourront qu’être ravi par la qualité du cru… [David Saint Amour]
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