VISIONS OF ATLANTIS : L’invincible armada

Les années passant et grâce à des nouveaux enregistrements toujours plus ambitieux et solides les uns que les autres (deux albums/DVD live, un album symphonique, une saga autour des pirates…), la belle formation européenne (autrichienne d’origine) continue sa conquête du monde, à travers les terres et des mers. Visions of Atlantis a clairement pris du galon et une toute autre envergure depuis l’arrivée en son sein de notre grande (dans tous les sens du terme) chanteuse lyonnaise Clémentine Delauney en 2013 (eh oui, déjà !), suivie de son complice vocal, l’italien Michele Guaitoli (alias « Meek »), formant un joli duo à la scène. En atteste leur dixième opus et totale réussite Pirates II – Armada où émotions, puissance et mélodies épiques raviront les fans mais aussi un plus large public. Et le succès semble bien au rendez-vous comme nous l’a expliqué son ambassadrice française… [Entretien réalisé avec Clémentine Delauney (chant, paroles) par Seigneur Fred et Capitaine Pascal Beaumont – Photos : DR]


Tout d’abord, comment vas-tu Clémentine depuis notre précédente entrevue en 2022 ? Sachant que Visions of Atlantis a effectué son premier concert de release party du nouvel album le 06/07/24 à Aschaffenburg (Allemagne), et partira en septembre prochain à l’abordage des principaux clubs d’Europe. D’ailleurs, comment s’est passé cette release party ?
Hello ! Je vais très bien merci ! A peine revenue d’une belle aventure en Finlande au John Smith Festival avec Visions Of Atlantis ! Cette release party s’est très bien passée ! Nous avons eu du monde, nous avons fait un beau Meet & Greet avec notre nouveau format où nous jouons des morceaux en version acoustique mais cette fois avec les voix amplifiées pour une meilleure expérience auditive ! Et nous avons fait un super concert où nous jouions pour la première fois plusieurs nouveaux morceaux tirés de Pirates II – Armada ! Les gens étaient à fond, prêts à en découdre, que du bonheur !

Visions of Atlantis participe également à plusieurs festivals cet été ici ou là en Europe… Je présume que la préparation et la setlist sont différentes, avec peut-être moins d’effets et mise en scène en conditions de festival ? Bref, des chansons plus « in your face » sans trop d’intro…
Un show de VOA, c’est pas juste les morceaux les uns après les autres, c’est une invitation au voyage. De plus, on aime que les gens participent alors on prend le temps de leur expliquer ce qu’ils doivent faire, on prend le temps de les faire voyager aussi avec les mots entre les morceaux. C’est une expérience différente, plus immersive, où les spectateurs font vraiment partie du show ! Après, selon la longueur de notre temps de jeu, on choisit quels morceaux seront sur la setlist. Selon si on joue avec la lumière du jour ou de nuit, vue que ce n’est pas la même ambiance, on adapte également notre setlist. La nuit permet justement une plus grande mise en scène.

Dommage que Visions of Atlantis ne se produise cependant pas cette année au Hellfest ou au Motocultor, les grands festivals metal français désormais réputés mondialement (surtout pour toi, artiste française qui plus est !), ou bien au Wacken Open Air (GER) ou Alcatraz (BE), etc. Pourquoi ? Est-ce simplement une question d’agenda ou de choix de programmation musicale vis-à-vis du « metal symphonique à chanteuse » un peu moins à la mode ces derniers temps ? Vos fans peuvent-ils espérer vous y voir l’an prochain ?
Bien sûr qu’on rêve de jouer au Hellfest, surtout moi personnellement, comme tu dis, du fait que je sois française. Ce serait un peu un accomplissement. Pareil pour le Motocultor ou autre festival de metal majeur de notre territoire… Ce n’est pas de notre fait si on n’y va pas. C’est que pour l’instant, on n’a pas été invités. Sûrement un problème de style, oui. Mais il y quand même beaucoup d’amateurs du genre en France, les préventes pour notre tournée de cet automne sont très bonnes, Paris va être complet. De plus nous avons fini à la 39ème place des charts officiels français pour les ventes physiques d’album avec ce nouvel opus ! Un groupe de metal dans les charts français, c’est pas tous les jours que ça arrive… De plus VOA est bien plus qu’un groupe de « metal symphonique à chanteuse », et je pense qu’il faut simplement laisser le temps aux gens qu’ils s’en aperçoivent. Nous avons fait le Wacken Open Air en 2022, pour celui-là il faut juste qu’on patiente un peu… Dans tous les cas, nous savons que notre public grandit en France, sans notre participation à ces beaux événements, et ça, ça me touche particulièrement.

Avant de poursuivre, quelques mots s’il te plaît à propos de l’album symphonique A Pirate’s Symphony paru en 2023. Comment est venue l’idée et avez-vous réenregistré entièrement les chansons y figurant ? Des groupes comme Metallica, Deep Purple, et Therion qui popularisèrent la mode du heavy metal symphonique il y a quelques dizaines d’années ont-ils été des références pour vous lors de ce projet studio avec ces chansons totalement réarrangés ?
Alors cet album n’est pas une version différente de l’album Pirates, nous avons sorti avec A Pirate’s Symphony, l’orchestration pure de l’album. Le travail de Lukas Knoebl est tellement beau qu’on s’est dit qu’il méritait d’exister seul, sans le groupe. Nous n’avons rien réenregistré ni réarrangé. En tant que grande amatrice de musiques de films, ça me plait beaucoup de pouvoir écouter uniquement cet orchestre qui accompagne et parfois disparaît derrière notre groupe sur l’album officiel.

Bon, n’y allons pas par quatre chemins : ce neuvième album studio Pirates II – Armada s’avère grandiose à tous niveaux, supérieur même au préquel Pirates. Quels étaient les objectifs de travail à l’approche de ce deuxième chapitre ? On ressent une grande émotion, diversité d’ambiances, et un caractère épique sur l’ensemble de l’œuvre. Bref, c’est un chef d’œuvre !
Merci beaucoup pour ces mots ! Nous avons travaillé à l’écriture de cet album de la manière la plus pure et la plus simple qui soit : en s’amusant. Michele, notre compositeur et moi-même, avons pris le temps d’écrire ces fresques avec beaucoup de plaisir, en repoussant toujours plus loin les limites de ce que nous savons faire. Dans le but uniquement, sur le moment, d’écrire le meilleur titre qui soit. Chaque morceau a été écrit avec cette même flamme, cette même envie créative, ce même cœur. Sans penser à demain, sans penser au passé, sans penser à rien d’autre que de se faire plaisir et être fiers d’un morceau qu’on a écrit. Si ce que nous écrivons ne nous emballe pas assez, nous le laissons de côté. Nous sommes les premiers fans de notre musique parce qu’il est inconcevable pour nous de demander au monde de l’aimer, si nous ne l’aimons pas nous-même. Et il serait encore plus difficile d’y mettre toute cette énergie pour la présenter ensuite sur scène à travers le monde.

Côté vidéo clips, vous avec publié déjà trois singles (« Tonight I’m Alive », « Monsters », « Armada ») très travaillés esthétiquement. Quelle est ta chanson préférée parmi ces trois titres (eh oui, pas facile !), et peut-on dire que vous avez sorti la grosse artillerie – en quelque sorte – pour séduire les pirates de tout bord mais aussi les néophytes sur internet ?
C’est impossible pour moi de choisir entre ces trois titres, je ne saurais pas sur quel critère fonder ce choix. Cependant, j’aime la touche de fraîcheur qui en a surpris plus d’un avec le titre « Tonight I’m Alive » et son rythme reggeaton ! C’est un titre unique et qui met tellement de bonne humeur ! Je suis en charge d’écrire les scripts et de créer l’univers visuel de nos clips, j’aime que nos vidéos représentent vraiment le sens de nos morceaux, c’est là mon soucis principal. C’est là-dessus que je me focalise : créer une mini histoire ou situation qui illustre mon propos puisque c’est moi qui écrit les paroles. Je ne cherche à séduire personne. C’est mon univers, ma façon de m’exprimer, ce n’est pas du marketing.

Il me semble que ce n’est pas toi, Clémentine, qui compose la musique, mais tu écris tes lignes vocales et toutes tes paroles. Peux-tu nous confirmer ce point, et comment avez-vous, toi et Michele Guaitoli, partagé et écrit vos lignes de chant car on ressent là encore une grande émotion partagée, de la complicité (ce qui est rare parfois sur disque par rapport au live), et une grande fluidité au sein de ces nouvelles chansons ?
Alors j’ai contribué à l’écriture de certains morceaux de ce dernier album ; s’il y autant de « break downs », c’est de mon fait car je suis fan de ces moments bien lourds, incisifs. J’ai également écrit une bonne partie du titre « The Land of the Free », sauf pour le refrain. Michele écrit toutes les mélodies de chant, sauf parfois quelques passages de moi seule comme le pont sur « The Dead of the Sea » où c’est moi qui ai lâché une impro qui est restée sur l’album. Le fait que ce soit lui qui écrive les mélodies explique cette fluidité. D’ailleurs, ce sont souvent de nouvelles mélodies qui lui inspirent l’écriture d’un titre, en tant que chanteur, c’est aussi compréhensible. Par contre oui, j’écris toutes les paroles.

« The Dead Of The Sea » est un morceau épique long justement. Il s’avère être une pièce maitresse de cet album Pirates II – Armada. Comment a-t-il été conçu ? A-t-il demandé beaucoup de travail ?
Oui, nous avons travaillé longuement sur les différentes parties de ce titre pour sublimer cette vibe très dramatique qu’il comporte. J’ai adoré composé les chœurs qu’on entend sur l’intro et qui reviennent sur le pont. J’ai chanté en chœur de musique sacrée et ça me manque ! Mais ce titre au globale c’est une œuvre de Michele, quand il laisse libre court à son imagination, quand il ne se censure pas parce que le titre s’allonge. On adore ça, ces ambiances qui évoluent, ces tableaux qui se peignent dans nos esprits quand on travaille sur un titre comme celui-là. J’ai eu le titre « The Dead of the Sea » en tête pendant l’écriture, c’est une ligne qui existait déjà sur nos démos, c’est le thème que l’humeur du morceau m’inspirait. C’est notre morceau préféré de l’album à Meek et moi. (sourires)

Est-ce qu’il y a des morceaux qui ont été un défi, soit à composer ou à enregistrer en studio ?
De manière générale, tout a été assez fluide, également avec notre producteur Felix Heldt. Il comprend notre projet au global et notre musique. Nous avons eu des conversations intenses sur certaines parties, on s’est un peu battu pour garder certains éléments et on a bien fait. Mais globalement, nous ne manquons pas d’inspiration et c’est ça qui rendrait les choses fondamentalement compliquées. Même quand il faut trouver une autre mélodie ou riff ou harmonie, les idées ne manquent pas, donc on modifie facilement. On met aussi nos égos de côté et ça, c’est 80% de problèmes en moins !

Et quel a été ton défi le plus personnel sur cet album par exemple ?
Ne pas tomber dans le perfectionnisme quand on arrive sur l’enregistrement. On a eu dix jours en studio pour enregistrer quatorze morceaux (12 +2 bonus) et tous les chœurs, et je ne pouvais pas prendre une journée entière pour un seul morceau. Parfois j’aurais aimé avoir plus de temps, pour être sûre de chaque syllabe, mais ça c’est moi qui oublie de prendre du recul. Et puis surtout, l’émotion n’est pas dans la perfection et j’ai gardé des prises que j’aurais pu considérer comme imparfaites, parce qu’il se passait quelque chose grâce à elles, de beaucoup plus prenant et significatif. Je me suis plongée dans ces titres et suis allée chercher mes propres émotions et parfois ça prend le dessus et ça vient m’interrompre ou me distraire. Il y a un lien très fin entre la performance puisée dans l’émotion et l’expression de l’émotion elle-même.

Comment s’est déroulé le processus d’enregistrement avec Felix Heldt aux Separate Sound Studios en Allemagne, qui avait déjà produit le précédent opus ? Que vous a-t-il apporté cette fois-ci ?
Felix avait déjà produit Pirates, donc on se connaît très bien, on a enregistré les voix au même endroit. Pour Pirates II on a choisi de collaboré avec les mêmes personnes que pour Pirates, on se sent tellement bien avec cette équipe. Felix a un très bon goût et une oreille musicale fine et précise. Son opinion est fondamentale quand il faut trancher sur certains arrangements, harmonies ou partage de ligne de chant. Il est toujours du côté du bon goût, de l’élégance et du « catchy ». Il ne focalise pas sur les mêmes points que Meek et moi et cela vient enrichir la collaboration et notre propos.

Quel souvenir gardes-tu de l’enregistrement du concert A Symphonic Journey To Remember sorti en 2020 en DVD ?
Cela a été l’un de nos concerts les plus intenses, un concert unique même. Alliant orchestre symphonique sur scène avec nous, pyrotechnie, changement de costume… On a tourné cela pendant un festival alors il n’y avait vraiment pas de place à l’erreur et pas de temps vraiment supplémentaire en cas de problème. Ca a été stressant, mais euphorisant aussi, quand on était sur scène et que tout marchait bien et qu’on pouvait se lâcher dans le plaisir de jouer notre musique dans ces conditions.

En début d’interview, on parlait des concerts qui accompagnaient la publication du nouvel album en juillet 2024. Mais auparavant, du 8 avril au 5 mai 2024, Visions of Atlantis a tourné en Amérique du Nord avec Korpiklaani et Illumishade. Est-ce qu’il y a des moments qui ont été marquants pour toi sur toutes ces dates ? Des anecdotes peut-être ?
Oui, je n’oublierai pas ce public nord-américain qui mosh, qui pogotte et qui slame sur du metal symphonique ! C’est exaltant à vivre parce qu’on n’en a pas l’habitude et je comprends le bonheur des groupes dont c’est le quotidien pendant leur concert ! C’est une belle démonstration d’énergie ! Une belle réponse à celle qu’on donne sur scène. Beaucoup de monde est venu pour nous voir pendant cette tournée, beaucoup sont venus costumés, les Américains et Canadiens sont très funs pour ça ! (sourires)

Enfin, tu figures au sein d’un autre projet, Exit Eden, dont le second opus Femmes Fatales est paru également cette année chez Napalm Records. As-tu été satisfaite de l’accueil et notamment des réactions quant à votre reprise, entre autres, de « Désenchantée » de Mylène Farmer ? (sourires)
Oui, le public a adoré ce nouvel album et en particulier le fait que la moitié des titres ne soient pas des reprises mais des originales ! Il a été très bien reçu, cette reprise de Mylène Farmer aussi, surtout par le public francophone (sourires)

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